Le crime du château de l'Ours

Une nouvelle couverture pour "Le Crime du château de l'Ours"

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"Le crime du château de l'Ours", disponible sur amazon

« De tous les flics de la région, il avait fallu que ce fût Lagarde qui vint l’interroger ! Lagarde, l’homme au flair plus affuté que le meilleur des chiens policiers ».

 

Lors d’une promenade dans la nature printanière, un paisible habitant d’une bourgade de l’Allier va faire une découverte macabre : un corps humain abandonné près  du mystérieux château de l’Ours. Le commissaire Lagarde et son fidèle adjoint Sven  sont chargés de l’enquête. Lors de leurs investigations, ils sont amenés à démêler de sombres secrets familiaux.

La vie privée des deux  enquêteurs ne s’avère pas toujours reposante  non plus. Sven se bat  afin de trouver un terrain d’entente avec son épouse rancunière et Lagarde reçoit des nouvelles d’un vieil ami qui lui confie une étrange affaire.

 

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Premier chapitre (copyright Josie Hack)

Le crime du château de l’Ours

Prologue

Témoins du passé, les châteaux et les manoirs sont des monuments impressionnants par leur taille et leur architecture. En les visitant, on est parfois saisi d'une irrépressible curiosité de connaître le quotidien des nobles seigneurs et de leurs dames dans ce passé si lointain et si différent de notre époque moderne. On imagine leur vie  nettement plus rude que la nôtre, leur survie menacée par les famines, les épidémies de peste et d’autres maladies éradiquées de nos jours. Leurs convictions étaient souvent alimentées par de sombres superstitions menant à de véritables paranoïas et des pratiques cruelles. Certaines de ces croyances circulent encore de nos jours.

L’attirance pour les vieilles demeures et le goût du mystère sont à l’origine de bon nombre de légendes et d’histoires de fantômes hantant les donjons ou les longs couloirs sombres et froids des manoirs et semant la terreur parmi les vivants.

Le château de l’Ours ne fait pas exception à cette tradition. Situé dans les gorges du Haut-Cher, il fut construit au sommet d’un éperon rocheux vers le début du XIIIe siècle. Cette sauvage demeure des sires de Lignerolles est hantée par une légende sinistre. En effet, c’est en ces lieux que l’infâme Raimbaud aurait enfermé Odile de Montluçon dans le seul but d’abuser d’elle.

 

Raimbaud était l’écuyer d’Archambaud, le comte de Montluçon. Lorsque celui-ci partit combattre en terre sainte, il confia la garde de  sa femme Ermengarde et de ses enfants à Raimbaud. Mal lui en prit ! L’ignoble individu nourrissait une passion secrète pour Odile, la fille aînée  de son seigneur. Le comte de Montluçon ne revint pas de croisade, il périt en Palestine. Peu après, Ermengade rendit l’âme à son tour, Raimbaud put alors laisser libre cours à sa passion coupable.  Il viola brutalement Odile et l’enferma avec une vieille servante dans ce château isolé dans la nature sauvage. Derrière les murs épais de la bâtisse il infligea une vie de souffrances et de terreur à la jeune femme. Enceinte des œuvres de son bourreau, Odile mit au monde un fils. En grandissant, celui-ci hantait souvent les bois environnants, vêtu d’une peau de bête, ce qui fut peut-être  à l’origine de l’appellation « château de l’Ours ». Un jour, ce fils confia le triste de destin de sa mère à un vieux moine habitant l’ermitage de Ste Radegonde. Grâce à cet ermite qui alerta des seigneurs voisins, on put enfin mettre un terme à la torture d’Odile de Montluçon. Raimbaud fut pendu haut et court aux créneaux du château de Montluçon.

 

Aujourd’hui, la demeure où s’était joué ce drame est en ruines, seul un donjon à survécu aux siècles et s’érige fièrement sur le promontoire rocheux.

Contrairement à la plupart des châteaux, repérables au loin grâce à leur situation en hauteur, le château de l’Ours est abrité par la végétation très dense des gorges du Cher. L’infâme Raimbaud ne l’avait peut-être pas choisi par hasard  pour dissimuler ses immondes forfaits. 

 Le promeneur qui veut s’y rendre doit d’abord  entreprendre une traversée forestière ; on se représente alors aisément le noble seigneur perché sur sa monture chassant le gibier sur ses terres. L’environnement  devait être sensiblement le même : des arbres, des fougères, une nature plus dense peut-être, dépourvue de sentiers aménagés. Le maître des lieux devait se frayer son chemin à travers les broussailles.

 Au bout d’environ dix minutes de marche sur les chemins montant et descendant au gré du relief du sol, le donjon apparaît derrière son écran végétal. Il reste à franchir une volée de marches en pierre et enfin on peut profiter de cet environnement enchanteur. Là-haut on se sent  transporté vers une époque révolue. On prend conscience que l’histoire des évènements tragiques qui s’étaient déroulés dans les lieux flotte toujours entre les murs écroulés.

De nos jours, la belle saison amène des touristes et des promeneurs, on pique-nique tout en admirant le paysage splendide, mais durant l’hiver l’accès est difficile. Le chemin accidenté et l’épais tapis de feuilles glissantes découragent les visiteurs. Alors le château retrouve sa solitude, comme à l’époque où Odile de Montluçon désespérait qu’on vienne la délivrer des griffes de son geôlier.

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Chapitre "Dans la tourmente" (copyright Josie Hack)

  • Dans la tourmente

     

  • Possédez-vous toujours une arme ?
  • La phrase venait de  franchir les lèvres de Lagarde, cinglante et annonciatrice de gros ennuis. Elle résonnait dans le cerveau torturé, légèrement embrumé de Leroi. Il regrettait amèrement d’avoir bu de l’alcool à son repas de midi, ses facultés s’en trouvaient ralenties, mais surtout, son haleine le trahissait.

     Pourtant, il avait espéré passer un après-midi agréable et détendu. La pluie fine qui n’avait cessé de tomber toute la matinée promettait d’abord une journée particulièrement morose. Puis contre toute attente, un splendide double arc en ciel s’était dessiné à l’horizon en début de l’après-midi. Leroi s’était dépêché d’attacher Bob à sa laisse, ils avaient besoin de prendre l’air tous les deux. A peine eut-il franchi sa porte qu’il les vit descendre de voiture devant sa cour : l’inspecteur Gallier et le redoutable Lagarde. Il dut décevoir son fidèle Bob et accueillir les deux policiers. Lagarde s’était mis à tourner autour du vieux canapé poussiéreux du salon, Leroi le vit inspecter discrètement les cartons dans lesquels il avait entassé tout le contenu du vieux buffet. L’adjoint se contentait de regarder par la fenêtre avec application, il cherchait certainement à établir ce qu’on pouvait apercevoir de la propriété voisine à partir de la fenêtre. Et puis Lagarde le fit sursauter en prononçant la phrase :

  • Possédez-vous toujours une arme ?
  • L’adjoint se détourna vivement de la fenêtre ; le commissaire venait de sortir un paquet de vieilles munitions d’un des cartons. Leroi sentit la panique monter en lui.

  • Non, déclara-t-il. J’ai rendu mon arme de service lors de ma démission.
  • Et ça ? demanda le commissaire en le surveillant du regard.
  • J’ai vidé le buffet qui se trouvait dans cette pièce avant de le vendre à un brocanteur. Ce paquet de balles y était rangé avec d’autres objets appartenant à mon oncle.
  • Et vous ne l’aviez pas remarqué jusqu’à maintenant ? Alors que cela fait cinq ans que vous avez acheté la maison.
  • Ce fut le policier blond qui posa cette question. Comment leur expliquer que depuis cinq ans, il profitait surtout de la maison et des souvenirs qu’elle renfermait ? Bien entendu, il avait ouvert ce buffet. Il contenait la porcelaine de sa tante : assiettes, tasses, soucoupes, sucrier, plats, pots à café et à lait; il avait sorti et lavé soigneusement tout le service et tout rangé à nouveau à sa place. Quelques soirées solitaires avaient été consacrées à étudier le contenu des tiroirs : celui de droite abritait l’argenterie et celui de gauche de la correspondance et divers carnets, mais surtout des vieilles photos qu’il avait triées et classées par ordre chronologique dans des albums. Les sépias un peu floues dataient d’avant sa naissance, il ne reconnaissait personne sur ces clichés. En revanche, il figurait sur certaines des noires et blanches au bord blanc crénelé avec ses cousins et sa cousine. Vinrent ensuite les photos couleur, montrant les cousins adolescents, défiant l’objectif, ou jeunes adultes tout fiers à côté de leur première voiture. Quelques-unes avaient été prises lors de visites de sa mère en compagnie de son nouvel époux. Des dimanche après-midis où tous se trouvaient réunis, un peu guindés, autour de cafés et de gâteaux. Ensuite, il avait lu toutes les lettres attachées ensemble à l’aide de rubans, certaines jaunies par le temps. Cette correspondance lui en avait appris plus sur ses proches que toutes les visites qu’il avait pu leur rendre. Il était arrivé à la conclusion que l’on devait livrer plus facilement le fond de ses pensées et de son âme en les confiant à une feuille de papier.

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Week-end pascal

Lagarde avait enfin confirmé sa venue. Il passerait le dimanche de Pâques à la « Seigneurie » en compagnie de Hedda et de Sven, ce séduisant jeune policier que Suzie avait aperçu lorsqu’elle s’était rendue au domicile du commissaire, prendre connaissance de ce qu’elle appelait « sa mission ». Elle était impatiente de confier tous ses tourments à quelqu’un en qui elle avait une confiance absolue. Ce n’était pas le cas en ce qui concernait les résidents du château,  quoique l’ambiance se fût un peu détendue au fil de la semaine. Elle était arrivée à une espèce d’entente avec la femme de chambre, car c’était ainsi que la femme de ménage  principale exigeait qu’on la nomme. La seconde domestique, une jeune fille qui rougissait dès qu’on lui adressait la parole, travaillait sous sa houlette. Il y avait également un jardinier qui aimait papoter. Ils ne manquaient jamais de discuter « fleurs et légumes » ensemble au moment où Suzie faisait son jogging dans le parc. Quand le temps le permettait elle proposait une promenade à Alphonse, il appréciait beaucoup le parc, surtout le petit banc en bois sous le vieux chêne imposant avec ses trois troncs à l’écorce épaisse et craquelée. Le vieil homme lui savait gré de ne jamais chercher à lui imposer le fauteuil roulant. Suzie était bien assez solide pour le soutenir de son bras. A deux reprises, elle avait été tentée d’emmener Alphonse vers la pierre portant l’inquiétante inscription, à chaque fois le courage lui avait manqué. Elle s’en voulait d’être devenue aussi timorée, l’ambiance de cette demeure était tellement angoissante.

En dehors des personnes travaillant quotidiennement au manoir, une lingère venait s’occuper de la lessive trois fois par semaine, c’était avec cette femme qu’elle se sentait finalement le plus en confiance. Mais pas au point de se confier à elle, pas encore. Elle semblait ne pas trop apprécier ses employeurs, du moins pas le docteur, Suzie non plus d’ailleurs. Il avait une manière guindée de s’exprimer et de se tenir vis-à-vis des domestiques qui le rendaient instantanément antipathique. Louise, la châtelaine, restait toujours aussi réservée et distante, elles avaient à peine échangé quelques phrases ; quant à Madame Gaubert, la cuisinière, elle semblait vouloir protéger farouchement sa patronne. Mais contre qui ou quoi ? Suzie était persuadée qu’un mystère planait dans ce manoir et que Louise voulait à tout prix éviter qu’elle ne l’apprenne.

Suzie prenait ses repas en compagnie des autres employées dans la grande cuisine. La cuisinière n’avait  pas l’air  d’apprécier sa présence sur son territoire au début. Elle n’avait pas manqué de lui faire remarquer que Charlotte, la précédente soignante, avait l’habitude de dîner à la table des patrons. Mais Suzie aimait la chaleur qui régnait dans la pièce et les odeurs délicieuses, réconfortantes qui flottaient dans l’air. En outre, Alphonse n’avait nul besoin d’assistance à table.

Les matins, c’était l’arôme du café moulu de frais, des viennoiseries et du pain chaud et croustillant qui embaumaient la pièce, à l’heure du déjeuner, les effluves d’un plat fraîchement cuisiné, et le soir l’odeur de soupe de légumes. Madame Gaubert connaissait son travail, il n y avait aucun doute à avoir à ce sujet. Il était dommage qu’on ne puisse pas approcher sa personne.

 

Les lieux

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Une enquête au château de l'Ours XIIIe siècle

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La page 99

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- Le fusil se trouve à l’étage, dans l’une des chambres, répondit-il, résigné.

- Je vous prie de bien vouloir nous accompagner au commissariat pour une nouvelle déposition.

- Comment ça ! s’écria Leroi, je viens de tout vous raconter.

- Cela ne suffit pas, cette fois, dit l’inspecteur Gallier. Le dénommé Bougon, ce voisin que vous détestiez tant a été abattu d’une balle de calibre 22, du genre de celles que vous possédez. Nous devons déterminer s’il s’agit de votre arme.

- Mon voisin possédait une arme aussi, puisqu’il en a menacé mon chien. Quelqu’un a pu la prendre et le tuer, quelqu’un qui lui a rendu visite, par exemple.

- Nous allons faire des recherches à ce sujet. Maintenant, veuillez nous accompagner.

 

  Gallier se saisit du bras de Leroi. Ce dernier fit un mouvement impatient pour se dégager.

 

- Et Bob ? dit-il.

- Vous pouvez téléphoner à une personne de vos connaissances pour que quelqu’un prenne soin de lui durant votre absence. S’il s’avère que votre fusil n’est pas l’arme du crime, vous serez de retour chez vous très vite.

 

  Un coup de téléphone plus tard, Leroi, résigné, mit sa veste. Le regard triste de Bob, assis dans le couloir, lui brisa presque le cœur.

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La butte de Montpensier

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Date de dernière mise à jour : 31/05/2018