Enquête dans le parc des volcans

Le gour de Tazenat au nord de la chaîne des Puys

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Le décor

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Troisième prix du jury au salon littéraire "Noël des romanciers d'Auvergne"

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Les trente premières pages (copyright Josie Hack)

 Au moment où j’entame l’écriture de ce roman, on annonce le décès de Phyllis Dorothy James, une des reines du crime. J’ai lu toutes ses œuvres, de « Cover her face » jusqu’à « Death comes to Pemberley » et je les relis, toujours, avec plaisir. Rest in Peace P.D. James !

 

 

 

  Les lieux, villes et villages évoqués dans ce roman existent, bien sûr, mais les personnages, leurs habitations, noms de rues et de lieux-dits sont purement imaginaires.

 

  Pour reprendre la formule : Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite et indépendante de ma volonté.

 

 

                                       

 

 

                                             ENQUETE AU GOUR DE TAZENAT

                                          -  Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.

                                                      PROLOGUE

 

 

 

 

 

  Dans le département du Puy-de-Dôme, au nord de la chaîne des Puys se dessine le cercle parfait du gour de Tazenat. Ce lac volcanique aux eaux d’un beau bleu-vert attire les promeneurs. Les volcanologues affirment qu’il s’est formé il y a au moins vingt-neuf mille ans. Depuis que la lave ne bouillonne plus dans le cratère, des arbres, fougères et diverses autres plantes ont poussé sur ses berges, les transformant en forêt. Elles offrent des chemins de randonnée et permettent aux promeneurs de déguster de délicieuses fraises des bois durant les mois d’été. Le chemin est un peu accidenté, les blocs de basalte et de pouzzolane, rejetés par le volcan se sont mélangés aux blocs de granite, granulite et autres sédiments, arrachés au socle cristallin par la violence des explosions. On doit les contourner un peu partout avant d’atteindre les berges. Après s’être accroché aux arbres aux endroits difficiles, pris appui sur les racines pour ne pas glisser, on arrive enfin au bord de l’eau. Là, on peut tremper ses pieds douloureux dans l’eau fraîche et limpide peuplée de perches, de brochets, de carpes, de truites et d’écrevisses, tout en contemplant la beauté du paysage. Un paradis pour les pêcheurs aussi.

 

  De vieilles légendes sont attachées à cet endroit. On raconte l’histoire d’un village disparu parce que ses habitants auraient mené une vie de débauche. On parle aussi de cornes du diable, de chaudrons et sabots trouvés au fond du lac, d’un tourbillon capable de tout avaler. Selon une autre légende, une belle dame, drapée de voiles blancs viendrait hanter les lieux certaines nuits, à la recherche de son amant.

 

  A part cette créature, peu de gens fréquentent les berges du maar la nuit. Sauf cette nuit du mois d’avril, pendant laquelle deux ombres avaient entrepris la descente vers les bords du cratère, éclairant le chemin avec des lampes torches, progressant lentement, maladroitement, à tâtons, pour éviter de se prendre les pieds dans une racine traîtresse. La descente se fit en silence et au moment d’atteindre la berge, les individus restèrent un instant à contempler les étoiles et écouter le doux clapotis de l’eau.

 

- Attendons un peu, elle viendra vers minuit, c’est certain ! dit l’un d’entre eux.

 

 

 

 

LE LAPIN

 

 

 

 

 

 

 Pierrot traversa son village d’un bon pas, ignorant le rideau de pluie qui lui collait ses cheveux clairsemés contre le crâne. Il était pressé de se rendre dans son bistrot habituel. Le Bar du Volcan, pour raconter une nouvelle fois son histoire. Généralement, il n’avait rien d’intéressant à raconter ; il menait une vie sans surprises et pour être honnête, sans joie, dans sa petite ferme située un peu en dehors du bourg de Manzat, au lieu dit Les Champs Verts. Agé de soixante-huit ans, il avait arrêté les gros travaux fermiers pour se contenter de l’élevage de lapins et de culture de légumes, qu’il vendait au marché. D’ailleurs son surnom était le lapin. Il était né affligé par un bec de lièvre, mal opéré par la suite, qui lui avait laissé une déformation de la lèvre supérieure. Et le reste de son physique était plutôt ingrat aussi. Des yeux globuleux aux paupières tombantes, les oreilles décollées, le dos voûté, les jambes trop courtes. En résumé, la nature s’était acharnée sur lui. Mais il avait quand même fini par trouver sa moitié et il s’était empressé de l’épouser. L’élue de son cœur n’était pas aidée par la beauté non plus. Visage anguleux et dur, petits yeux méchants, bouche tellement serrée qu’elle en paraissait cousue et corps sans grâce, Jeanne avait été affublée du sobriquet Miss Auvergne, par un plaisantin du village. Concours pour lequel elle n’aurait jamais pu postuler, bien entendu. La nature avait pris la –bonne- décision de dire « stop » face à leur union et aucun rejeton n’était né de leur mariage qui durait depuis quarante ans. Jeanne alias Miss Auvergne, passait son temps libre à essayer de faire pousser différentes variétés de fleurs durant la belle saison ; l’hiver était réservé aux feuilletons télévisés. Pierrot, lui, aimait la pêche ! Et c’était justement la pêche qui lui avait permis de devenir, depuis quarante-huit heures, la vedette locale. Car c’était lui qui avait trouvé le noyé du Gour de Tazenat !

 

  Il partait toujours très tôt le matin sur sa mobylette, pressé d’arriver le premier à son endroit préféré, à l’ombre de ce charme qui avait poussé au bord de l’eau. Pour y accéder, il fallait enjamber des branches mortes, se faufiler entre des grosses pierres, mais quand il s’y trouvait enfin, il était heureux. Le lac volcanique était tellement beau à regarder. Ce matin-là, au lieu du brochet espéré pour son déjeuner du dimanche, il vit un tissu bleu accroché à son hameçon. Il marmonna quelques insultes dignes de censure à l’encontre des promeneurs de la ville, qui jetaient n’importe quoi dans l’eau, tout en essayant de décrocher le tissu. Impossible, quelque chose de lourd bloquait sa canne. En s’approchant, il crut avoir la berlue, il avait pêché un gars mort, gonflé comme un ballon de baudruche ! Il en lâcha sa canne à pêche pour aller se cacher derrière un arbre.

 

  La première frayeur passée, Pierrot retrouva ses esprits, revint lentement vers le bord de l’eau, sortit son portable et appela la gendarmerie. Et c’était la première fois qu’il racontait son histoire. Le deuxième récit était pour Jeanne, à peine quelques minutes plus tard. Il lui précisa qu’il n’aurait sans doute pas de brochet pour le dimanche mais quelques truites, prises avant le noyé.

 

  Bientôt, l’endroit fut envahi, d’abord par des hommes en bleu, ensuite des hommes en blanc, qui tendaient des bandes en plastique partout autour de « sa » place de pêche. Il entendit des mots du genre « faux noyé », « immersion prolongée », « marques significatives au cou », « identité inconnue ». Ensuite, on l’avait conduit à Clermont pour faire une « déposition », disaient-ils. Deux hommes grands et beaux, comme ceux que Jeanne admirait à la télévision, l’attendaient dans un bureau. Un brun qui devait avoir la cinquantaine et un blond, plus jeune, qui avait laissé les boutons du haut de sa chemise ouverts. Il leur raconta son histoire, le troisième récit, très détaillé cette fois, confirma qu’il n’avait jamais vu le gars, qu’il n’était certainement pas du coin, et qu’il aurait préféré prendre un brochet. Ce dernier détail fit sourire les deux hommes.

Et c’était donc pour réitérer tout ceci que Pierrot se dirigea vers Le Bar du Volcan. Un journaliste l’attendait là-bas, il voulait connaître le témoin numéro un, en l’occurrence, lui ! On allait certainement lui payer quelques tournées par la même occasion.

En entrant dans le bistrot, trempé jusqu’aux os, un brouhaha d’exclamations et de rires l’accueillit :

 

- Le voilà l’assassin !

 

Pris au dépourvu, il choisit de rire à son tour. Un homme qu’il ne connaissait pas se détacha du groupe au comptoir et s’avança vers lui.

 

- Vous êtes le témoin ?

- J’ai trouvé le noyé, répondit-il, en prenant son souffle pour raconter le reste.

 

  L’homme prétendait déjà connaître toute l’histoire. Il se présenta comme étant un journaliste régional et, à la demande de la police, son quotidien allait publier la photo du mort à des fins d’identification. Car on ne savait toujours pas qui il était, il ne portait aucun papier sur lui et personne n’avait signalé sa disparition. Mais il y avait aussi du nouveau. La victime avait été étranglée à l’aide d’un fil plutôt fin avant d’être jetée dans l’eau.

 

- Vous qui êtes pêcheur, vous croyez qu’on peut étrangler quelqu’un de cette façon, je veux dire avec du fil de pêche ? demanda le journaliste.

Pierrot en resta sans paroles. Etait-il suspect à présent ?

                  

                            LES ENVOUTES

 

 

 

 

 

  Le commissaire Lagarde déplia le quotidien régional en buvant son café, assis confortablement dans son fauteuil au bureau. Sven fit son entrée en secouant les gouttes de pluie de ses cheveux.

 

- C’est le déluge, boss, on va finir par tous se noyer si cette pluie continue.

- J’espère que non ! répondit distraitement Lagarde.

 

  Un article venait d’attirer son attention et ceci le contrariait plus que l’annonce d’un déluge. Il pria Sven d’approcher et lui montra l’article en question. Sven se pencha au-dessus du journal. Il s’agissait de cet homme étranglé et trouvé par un pêcheur dans les eaux du Gour de Tazenat. Ils avaient demandé à la presse de publier une photo de la victime à des fins d’identification. A côté de l’image du mort figurait celle du pêcheur, cet homme d’une extraordinaire laideur qu’ils avaient interrogé le jour de la découverte du corps. Il tenait un verre à la main et tentait de sourire. Mais un seul côté de sa bouche dévoilait ce qui restait d’une dentition délabrée. Dans son interview, l’homme affirmait qu’en aucun cas la victime aurait pu être étranglée avec du fil de pêche, et que la police cherchait certainement à faire de lui le bouc-émissaire.

 

- A-t-on jamais parlé de fil de pêche dans le cadre de l’enquête, Sven ?

- Non, on a mentionné quelque chose de fin. D’ailleurs le doc pense à une fine lanière de cuir.

- Oui, je n’ai pas voulu le préciser et voilà qu’on se lance dans des suppositions, parce que c’est un pêcheur qui a trouvé le corps.

- Et le gars en question nous prend pour ses ennemis.

 

Lagarde n’eut pas le temps de répondre, son téléphone se mit à sonner. Sven s’éloigna discrètement, le quotidien à la main, en secouant la tête.

- Jean ? C’est… Hélène, comment vas-tu ?

 

Lagarde n’avait pas entendu cette voix, pourtant familière, depuis des mois. Ils se croisaient rarement ces derniers temps. Après leur rupture, il avait fui les explications, préférant tourner la page et laissant le temps guérir ses bleus à l’âme. Il la salua à son tour, avec un peu de réserve, toutefois.

 

- Je suis soulagée d’avoir réussi à te joindre, je t’appelle à cause de cette photo dans la presse. Il me semble reconnaître cet homme. Je suis même certaine que c’est Serge, un ami, enfin je veux dire un membre de notre association.

- Attends Hélène, Serge comment ? Et de quelle association parles-tu ?

- Serge Collin ! Il fait partie de l’association que j’’ai fondée avec Max. Il se trouvait dans le Puy de Dôme, il y a quelques semaines, mais on croyait qu’il était reparti depuis, en région parisienne.

- Hélène, il faudra venir nous raconter toute cette histoire au bureau, c’est très important.

- Je suis au magasin, je viendrai à la fermeture si ça peut attendre jusque là.

- Ne bouge pas, on arrive, dit Lagarde.

 

  Hélène gérait depuis plusieurs années un magasin d’antiquités à Clermont-Ferrand et ses affaires marchaient plutôt bien. Sven prit le volant de l’éternelle Volvo de son patron et slalomait à travers la circulation clermontoise. Pendant le trajet, Lagarde songeait à celle qui avait été sa compagne, ce coup de téléphone avait ravivé des souvenirs. Il n’avait pas remis les pieds dans la boutique depuis leur séparation, alors qu’il aimait autrefois contempler les petits meubles et bibelots qu’elle y exposait et lire les pages jaunies des livres anciens.

 

  Il fut presque surpris de ne ressentir aucune émotion en la voyant ouvrir la porte, vingt minutes plus tard. Cette histoire appartenait désormais au passé. Hélène les emmena vers le petit bureau installé au fond du magasin et les invita à prendre place. L’endroit n’avait guère changé depuis la dernière fois qu’il était venu, tout était toujours aussi bien rangé, organisé. Un coin pour les meubles, un autre pour les bibelots, statues, vaisselle, plus loin, rayonnages de livres, cartes postales, tableaux… Il aperçut un nouvel aménagement, séparé du reste de la boutique par un grand rideau pourpre. Une affiche jaune, fixée à ce rideau, portait l’inscription « paranormal ».

 

Apparemment, Hélène avait rejoint Max pour de bon dans ses délires. Elle dut remarquer son étonnement.

 

- Oui, je me passionne toujours pour l’étrange, le mystérieux.

- Ah ? fit Lagarde, comment va Max ?

- Aux dernières nouvelles, il va bien, mais nous ne sommes plus ensemble. Nous avons rompu au début de l’année, tout en restant amis. Finalement, notre histoire n’était qu’une amourette, une attirance physique, sans lendemain.

 

Elle sourit. Lagarde la regarda mais ne lui rendit pas son sourire. Il pensait au gâchis résultant de cette expérience sexuelle. Une relation amoureuse avait pris fin et une amitié qui durait depuis quarante ans se trouvait brisée. Il valait mieux ne pas aborder ce sujet sensible.

 

- Revenons à notre affaire, dit-il. Parle-moi de cette association et de ce Serge Collin.

- Max et moi avons fondé cette association pour échanger avec d’autres personnes qui s’intéressent au paranormal, expliqua-t-elle. Nous avons déjà pas mal de membres, Serge en faisait partie. C’était un médium hors du commun. Il se servait d’un pendule pour entrer en contact avec les esprits. Fantastique, je l’admirais ! Il était venu dans le Puy-de-Dôme il y a environ un mois, pour une première réunion avec d’autres membres.

- Apparemment le pendule n’a pas capté l’esprit de son assassin, remarqua Lagarde, railleur.

- Tu n’as pas perdu ton humour mordant, Jean ! Enfin, notre association s’appelle Les envoûtés.

- Diable ! insista Lagarde, envoûtés par quoi ? Pourquoi pas les Dames Blanches ?

 

Sven se détourna pour cacher un fou rire montant. Hélène, par contre n’appréciait pas.

 

- Assez ! dit-elle, je connais tes opinions sur le sujet, mais tu pourrais te montrer un peu plus tolérant.

 

  Elle se dirigea vers son nouvel espace et les invita à la suivre, sans doute pour les convaincre du bien-fondé de l’association. Elle écarta un des pans du rideau pourpre, actionna un interrupteur et s’effaça pour les laisser passer. La partie du magasin réservée au paranormal était décorée à la façon d’une maison hantée de cinéma. Un grand lustre en fer forgé projeta une lumière diffuse, dessinant des ombres inquiétantes sur les murs. Le coin était aménagé en salon, meublé de grands fauteuils anciens, d’une commode et d’un guéridon, certainement utilisé pour des séances de spiritisme. Au fond, une grande vitrine poussée contre le mur, contenait divers objets. Une cheminée de style ancien était peinte en grandeur nature sur l’autre mur et un portrait était accroché au-dessus. Hélène leur montra quelques-uns des objets de la vitrine, elle prétendait qu’ils avaient une âme et la faculté de le prouver. Il y avait un pendule qui était, selon elle, identique à celui dont se servait l’assassiné. Grâce à ce pendule on aurait retrouvé plusieurs corps dans le passé. Sur les rayonnages se trouvaient également des livres contenant des formules incompréhensibles pour les non-initiés, des coupes ornées de dessins mystérieux. Hélène donna des explications pour chaque objet.

 

- Cette tasse est à l’origine de plusieurs décès, sans que l’on comprenne pourquoi. Certaines personnes sont mortes après avoir bu dedans.

 

Elle montra une tasse en porcelaine d’apparence banale, blanche à liseré doré.

 

- A-t-on pensé à faire analyser les boissons et la matière de cette tasse… tueuse ? Lagarde ne se laissa pas impressionner.

- Bien sûr, répondit-elle avec un peu de froideur. On n’a trouvé aucune explication scientifique au phénomène. Mais le chef-d’œuvre de mes objets est ce portrait ! On ne sait pas qui est l’homme qu’il représente, mais il change d’expression dans des circonstances bien précises. Le phénomène se produit uniquement face à certaines personnes, comme s’il voulait demander leur aide. Il a été trouvé dans un grenier et vendu d’abord à un brocanteur. Un ami, membre de l’association va peut-être l’acheter pour sa maison de campagne.

- Un portrait du genre Dorian Gray d’Oscar Wilde ? demanda Sven.

- Pas vraiment, répondit Hélène, Dorian Gray avait fait un pacte avec le diable, son portrait vieillissait à sa place et s’avilissait aussi quand il commettait des actes répréhensibles. Ce portrait-là réagit aux ondes. Il est inachevé, en le regardant de près, on remarque quelques endroits qui manquent de couleur, mais aussi une petite tache en bas, du sang sans doute. Nous pensons que le peintre s’est peut-être fait assassiner, alors qu’il était en train d’achever son œuvre, et que c’est la raison pour laquelle le tableau est envoûté. Mais ce n’est qu’une hypothèse. On parle de ce tableau dans un des livres que j’ai en vente ici. Certains l’auraient même vu pleurer. Je l’ai fait estimer, il a environ trois cents ans. D’un point de vue purement artistique, il a peu de valeur, mais pour nous, il est unique et précieux.

 

  Lagarde contempla le portrait au-dessus de la cheminée peinte. Il représentait un homme habillé effectivement à la mode dix-septième siècle. Il ne portait pas de perruque poudrée, on voyait ses cheveux naturels dépasser de son chapeau en feutre noir. Ses yeux bruns semblaient fixer intensément toute personne se tenant face au tableau. Ce prétendu changement d’expression était certainement un effet trompe-l’œil, mais inutile d’essayer de discuter. Quoi qu’il en soit, c’était sans importance, ils étaient là pour l’enquête et non pour débattre des théories d’adeptes du paranormal.

 

  Le carillon de la porte retentit et Hélène alla à la rencontre d’un client, laissant Lagarde et Sven dans son espace « paranormal ». Sven se mit à étudier diverses photos d’objets avec leurs explications.

- Alors, ça, c’est horrible, boss, s’exclama-t-il subitement. Lis-ça ! Il existe un grimoire qui aurait été fabriqué à partir de la peau d’une sorcière suppliciée et qui porte soi-disant malheur à tous ceux qui le possèdent, au fil des siècles. Le dernier propriétaire aurait été un milliardaire ayant embarqué sur le Titanic, et figurant parmi les morts, bien sûr. J’en ai froid dans le dos, allons-nous en d’ici.

- Pas d’affolement, Sven, répondit Lagarde, rien n’est établi, ce sont des superstitions, mais il suffit d’y croire pour en ressentir les effets parfois.

 

Il se tourna à nouveau vers le tableau, le regard de l’homme qu’il représentait l’intriguait. Brusquement, il eut un petit mouvement de recul ! L’homme lui souriait, un sourire à peine perceptible. Lagarde s’éloigna et se frotta les paupières. Puis il jeta à nouveau un coup d’œil sur le portrait, pour constater que le personnage avait repris son expression initiale.

 

- Effet trompe-l’œil, se dit-il.

 

Hélène revint les rejoindre.

 

- Alors ? Mes objets vous plaisent ? demanda-t-elle.

- Euh, tout ça me flanque un peu la frousse, répondit Sven.

- Le portrait est intéressant, admit Lagarde, certains des livres aussi pour ceux qui sont attirés par le mystère. Il faudrait avoir un peu plus de temps pour étudier tout ça, mais nous ne l’avons pas aujourd’hui, nous devons repartir. Quand tu viendras au commissariat, tu nous expliqueras le fonctionnement de votre club.

- Encore une petite question, intervint Sven, savez-vous si ce Collin était marié, s’il avait de la famille ? Il faudra que quelqu’un vienne l’identifier à la morgue.

- En y réfléchissant bien, je ne sais rien sur lui, répondit Hélène, mais, s’il le faut, je viendrai l’identifier.

 

  Lagarde regarda une dernière fois le tableau. Aucun doute, il lui avait souri, un sourire triste, comme un regret de le voir partir. Il lança un regard vers son coéquipier qui se tenait à côté de lui, mais celui-ci ne semblait avoir rien remarqué. Il discutait tranquillement d’histoire avec Hélène.

 

- Dire qu’il y a des gens nostalgiques de ces époques-là, moi je préfère quand même nos temps modernes, une grande partie des enfants mouraient avant leur premier anniversaire, par exemple.

- Surtout à l’époque de ce peintre, acquiesça Hélène, d’après mon ouvrage, le tableau date certainement de l’époque de la grande famine de 1693-1694, un million et demi de français sont morts de faim et des épidémies qui suivaient, durant ces années-là.

- Il n’a donc pas été assassiné ? demanda Lagarde, presque déçu.

- L’ouvrage ne le précise pas, rien ne permet d’affirmer qu’il soit mort à cause de la famine. Nous, les membres de l’association, sommes certains qu’une mort violente est attachée à cette œuvre. Un ami doit m’apporter un autre livre, très intéressant qu’il a déniché, on y raconte justement l’histoire de ce peintre peu connu, Hubertus Domps. Il devrait arriver d’un instant à l’autre d’ailleurs, ajouta-t-elle en consultant sa montre. Fait intéressant, cet homme vivait à Charbonnières-les-Vieilles, le village du Gour de Tazenat. Drôle de coïncidence, n’est-ce pas ?

 

  Avant que Lagarde n’ait pu répondre, le carillon de la porte du magasin retentit à nouveau et un homme entra. La cinquantaine, tempes grisonnantes, très séduisant, mais un air un peu froid et hautain, au premier abord. Il s’avança vivement vers Hélène et l’embrassa sur les deux joues. Elle fit les présentations. Après avoir longuement exprimé ses regrets quant à cette navrante affaire, comme il la qualifiait, il remit un ouvrage à Hélène.

 

- Tiens, ma belle, je l’ai trouvé, s’exclama-t-il.

 

  En entendant les petits cris de ravissement d’Hélène qui suivirent la remise du livre, le commissaire estima que le moment était venu de partir. Il lui rappela, encore une fois, l’importance de sa déposition et le fait qu’elle devait, sans doute, venir identifier le corps, si aucun membre de la famille ne se manifestait.

 

- Mais non, commissaire, je m’en chargerai, protesta l’homme, on ne va pas imposer cela à Hélène, elle est si sensible. Je serai à même de le reconnaître, il devait venir dans ma propriété à la campagne, cet été.

- Il ne pourra pas faire honneur à votre invitation, répondit Lagarde, et si vous ne l’avez pas rencontré avant, vous ne pourrez pas reconnaître son corps.

- Vous avez raison, bien sûr, mais il se trouve que je l’ai déjà rencontré. Il était dans la région il y a peu de temps, nous pensions tous qu’il était reparti à Paris. Et cette photo dans le journal, c’était un choc, je suis certain qu’il s’agit de Serge.

- J’aimerais également savoir qui sont les personnes que vous désignez par « nous tous », alors venez tous les deux au commissariat.

 

Son invitation transmise, Lagarde salua et quitta le magasin, Sven sur ses talons. Dehors, il consulta sa montre.

 

- Bizarre, ce type n’a apparemment manqué à personne depuis trois semaines. Et nous n’avons pas trouvé de téléphone portable sur lui. Impossible de savoir avec qui il était en contact.

- Oui, boss, répondit Sven, songeur, il devait vivre seul.

- On arrête pour ce soir, Hedda nous attend, poursuivit-Lagarde, tu me suis ou tu passes par Cébazat ?

- Non, je viens tout de suite, Cathy est déjà là-bas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                     

LE CADEAU D’ANNIVERSAIRE

 

 

 

 

 

 

 La Volvo commençait à exprimer le poids des ans par des petits bruits et d’autres vibrations, mais continuait à transporter sans panne son propriétaire, qui avait hâte d’arriver chez lui. Ce soir, il y aura une petite fête en son honneur, car c’était son anniversaire. Cinquante-sept ans, déjà, mais peu lui importait, il était heureux depuis que Hedda faisait partie de sa vie. Il se souvenait de l’appréhension qui l’avait gagné, quand ils avaient pris la décision d’annoncer la nouvelle à Sven, le fils de Hedda. Il s’était senti presque aussi gêné qu’un collégien surpris par ses parents avec son premier flirt, mais il avait voulu se charger de cette annonce lui-même. A son grand étonnement, Sven avait paru sincèrement ravi. Il disait être soulagé de savoir sa mère en compagnie de quelqu’un d’aussi « super » que son « boss », plutôt que de se trouver seule dans sa maison de Haute-Loire à se morfondre. Elle et son père avaient été heureux, mais il était mort, et la vie continuait pour elle. Etant fils unique et père de famille nombreuse, en plus de ses contraintes professionnelles, il ne pouvait être aussi présent qu’il ne le voulait pour elle.

 

  Sven l’étonnerait toujours, mais il fallait avouer qu’il avait souvent du bon sens. Hedda tenait à garder la maison qu’elle avait achetée avec son défunt mari, mais elle passait beaucoup de temps dans l’appartement de Lagarde, depuis qu’il ne fallait plus se cacher. Et le commissaire avait retrouvé le bonheur et la joie de vivre. Il aperçut les cd de sa nouvelle compagne, empilés dans le vide-poche de la voiture, ce qui le fit sourire. Elle aimait le rock et le blues et ne s’en privait pas, même dans la Volvo. Et parfois, en entendant cette musique, il sentait son cœur chavirer au son d’une guitare qui exprimait si bien un sentiment tendre, ou qui pleurait un amour perdu. Mais Hedda ne faisait pas pour autant la moue pour l’accompagner lors de ses visites de châteaux ou d’églises, ni pour admirer des orgues ou même assister à des concerts. Elle était la femme de toutes les situations !

 

Elle lui avait fait découvrir quelques spécialités culinaires norvégiennes. Aussi se demanda-t-il quelle surprise elle lui réserverait ce soir. Poisson, agneau ? Sven devait le savoir !

 

  Lagarde gara sa voiture en bas de l’immeuble de la rue Buxtehude, Sven était déjà arrivé, il l’attendait dehors. La pluie qui tombait depuis plusieurs jours avait cessé ce soir, provisoirement, du moins. Les gros nuages gris visibles à l’horizon étaient annonciateurs d’autres averses.

 

- Allons-y, Sven, j’ai un appétit d’ogre ce soir, au point de dévorer mon gâteau d’anniversaire avec les bougies, plaisanta-t-il.

- Mais avant tu vas goûter au Skrei, j’en salive d’avance. Je connais le menu, dit Sven, en se caressant la région de l’estomac.

- Skrei ? N’est-ce pas cette tête de mouton fumée dont j’ai entendu parler ?

- Non, répondit Sven en riant, c’est du poisson, délicieux ! Une sorte de cabillaud supérieur.

 

  Lagarde se dit qu’il aurait même été capable de goûter à cette fameuse tête de mouton. Il se sentit d’humeur à faire la fête et prêt à accepter des extravagances culinaires, tout en se demandant à quoi pouvait être due cette euphorie. La nouvelle enquête pour meurtre risquait de lui grignoter beaucoup de son temps libre dans les semaines ou même les mois à venir, le printemps était particulièrement pluvieux, pas de quoi se réjouir. Ensuite, Hélène avait un nouvel amant. Normalement, il ne devrait plus se soucier des fréquentations d’Hélène, il le savait. Mais elle était seule dans la vie depuis le départ de sa fille, et vulnérable. Malgré leur rupture, il se sentait toujours un peu responsable d’elle. Pour couronner le tout, il y avait le portrait d’un homme ayant vécu il y a trois cents ans qui lui avait souri. Il n’avait jamais eu ce genre d’hallucinations, devait-il s’en inquiéter ?

 

Il haussa les épaules ! Il avait vécu pire. Ce soir, rien ne pourrait l’empêcher de profiter du moment et fêter son anniversaire en compagnie de ceux qu’il aimait.

 

- Demain est un autre jour, il sera toujours assez tôt de se préoccuper de tout ça, pensa-t-il en ouvrant la porte de son appartement, et un « joyeux anniversaire », chanté en cœur, l’accueillit.

 

Et ce fut une joyeuse fête d’anniversaire, jusque tard dans la nuit ! Le Skrei était excellent, comme tout le reste du repas, le gâteau d’anniversaire un délice, et le champagne qui l’accompagnait, un grand cru. Que demander de plus ?

 

  Le lendemain, Lagarde fit la grasse matinée. Hedda était partie rendre visite à Sven, Cathy et leurs enfants, laissant dormir son commissaire d’un sommeil bien mérité. A onze heures, celui-ci se dirigea tout ensommeillé vers la cuisine, pour se préparer un café. Ensuite, il descendit prendre son courrier dans la boîte aux lettres. Un objet enveloppé dans un papier cadeau attira son attention. Il y avait uniquement son nom, sans adresse, écrit au feutre noir directement sur le papier. Prenant les marches d’escalier deux par deux, il se dépêcha de remonter dans son appartement et déchira l’emballage coloré. C’était un livre ancien ! Il lut la carte qui accompagnait l’ouvrage : « Je sais que c’est ton anniversaire Jean, alors permets-moi de t’offrir ce livre. J’ai cru remarquer que tu t’intéressais à ce tableau exposé dans ma boutique. Tu trouveras quelques informations sur le peintre et son œuvre, ainsi que des témoignages concernant une page un peu sombre de l’histoire de notre région. Mais je sais que cela t’intéresse aussi. Hélène ».

 

  Lagarde feuilleta rapidement le livre. Il s’agissait d’une retranscription des mémoires d’une personne ayant survécu à la grande famine de 1693-1694, année pendant laquelle la région Auvergne avait été particulièrement éprouvée en perdant un cinquième de sa population. Le livre avait été imprimé dans les années cinquante. Quelques photographies jaunies des écrits originaux, étaient visibles sur certaines pages. Il continua à feuilleter l’ouvrage, il cherchait quelque chose de précis. Et il finit par le trouver. La photo de ce tableau au sourire trompe-l’œil exposé dans la boutique d’Hélène. La dernière œuvre de Hubertus Domps, restée inachevée. L’auteur s’appelait Alphonse Domps, donc probablement un descendant de ce peintre. S’agissait-il du recueil des mémoires de l’artiste ?

 

  Après avoir vérifié rapidement le reste de son courrier, il prit un déjeuner frugal et hâtif pour se plonger ensuite dans la lecture de son cadeau, et il fit un voyage de trois siècles en arrière, vers une époque tragique :

 

L’horreur continue. Après dix années de récoltes médiocres, un hiver particulièrement rigoureux, suivi d’un printemps froid et pluvieux, les paysans n’ont plus de quoi faire leur pain, alors qu’ils se nourrissent surtout de pain trempé dans la soupe. Les légumes et les fruits ont pourri ; plus personne n’a de réserves. Les gens vont jusqu’à manger les cadavres de leurs chiens, morts de faim avant eux et d’autres bêtes en putréfaction, font du bouillon avec les os de leurs crânes. On fabrique du pain avec des racines de fougères, on se sert de mauvaises plantes qui rendent malades. Les enfants ramassent des trognons de choux, on les voit même manger de l’herbe. Ils déambulent dans les ruelles de notre village, le ventre gonflé, le teint jaune. Parfois des personnes s’écroulent là, dehors, et meurent seuls sans aide. Le nombre d’enterrements a triplé dans la paroisse.

 

  Ce matin, nous avons trouvé le corps d’un garçon d’environ douze ans à l’entrée du village. L’enfant nous est inconnu et il était seul. Faisait-il partie d’une de ces familles de paysans qui quittent leurs hameaux pour tenter de trouver de la nourriture dans des bourgs voisins ? Avait-il déjà perdu sa famille en route à cause de la famine ou d’une maladie engendrée par la malnutrition ? Ou venait-il seul pour mendier ? Nul ne le sait. Il a été enseveli dans la fosse commune comme beaucoup d’autres miséreux.

Moi-même je n’ai mangé que de la soupe et du pain d’ortie depuis plusieurs jours et la disette me fait cruellement souffrir. Mais les récoltes seront bonnes cette année, semble-t-il.

 

Juillet 1694

 

  Le deuil me frappe personnellement aujourd’hui, car on a trouvé le corps de mon pauvre frère Hubertus sur le pas de sa porte. Depuis plusieurs jours, il ne se montrait plus au-dehors. Ses habits sont tachés de sang, alors que son corps ne montre aucune blessure. Mais il porte sur lui les marques de la fièvre typhoïde, il a donc dû mourir de cette maladie. Est-ce que quelqu’un lui aurait fait une saignée pour essayer de le guérir. Mais qui ? On ne trouve sa femme, Madeleine, nulle part, elle semble avoir disparu. Le portrait qu’il était en train d’achever pour notre châtelain est là sur le chevalet, presque terminé et il porte une trace de sang aussi. On a enterré Hubertus en hâte avec les autres morts du typhus trouvés ce jour-là, la contagion est très importante à cause de l’état de faiblesse des gens. Je dois donc pleurer mon frère sans savoir ce qui est arrivé.

 

  Les récoltes approchent, on aura bientôt à nouveau du pain à manger, mais une grande partie de la population du village est morte. Certaines familles ont perdu tous leurs enfants. Plusieurs femmes enceintes ne sont pas arrivées au terme de leur grossesse, la fièvre les emporta avant. Le châtelain viendra sans doute passer la fin de l’été et l’automne ici. Je lui remettrai son portrait contre l’argent promis à mon frère. Ceci me permettra d’aider sa veuve, si on la retrouve… en vie, sinon, d’autres pauvres en auront bien l’usage.

 

Le récit était constitué de petits paragraphes notés à divers moments de l’année. Lagarde tenta de s’imaginer la misère, les conditions d’hygiène effroyables, l’absence de soins, bref la souffrance de la population.

 

- Et bien commissaire Jean Lagarde, ne me dis pas que tu as passé toute la journée dans le fauteuil ?

L’interpellé sursauta. En quelques secondes il traversa à nouveau les siècles pour atterrir dans son fauteuil, à notre époque moderne et confortable. Il devait avoir l’air ébahi pendant quelques secondes, car Hedda, debout près du fauteuil, éclata de rire.

 

- J’avoue que je n’ai pas vu le temps passer, je lisais, répondit-il.

- Je voulais t’inviter au cinéma ce soir, proposa sa compagne, cela t’obligera à te lever, tu risques bien de te fossiliser à la longue.

- Allons au cinéma ! dit Lagarde. Il ferma son livre d’un geste énergique et s’extirpa de son fauteuil.

 

Au moment de sortir, quand il prit ses clés de voiture sur la table basse du salon, il jeta un dernier coup d’œil sur son livre. Qu’était-il arrivé à Hubertus Domps et son épouse ? Quel était le métier du frère qui avait écrit ces lignes ? Tant de questions lui trottaient dans la tête. Si Alphonse Domps, le descendant qui avait fait publier les mémoires de son ancêtre était toujours en vie…

- Alors Jean ? Tu veux lire ou m’accompagner au cinéma ?

 

Lagarde prit les clés et sortit.

Où le trouver?

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La page 99

Et quel rapport avec le meurtre de Collin, le parisien ?

- Aucune idée pour l’instant, maugréa Sven, je suppose que tu as une théorie différente de la mienne.

- Oui, répondit le commissaire. Je pense que l’homme qu’elle prétendait vouloir épouser n’était pas encore au courant de son projet.

 

Sven s’était approché du petit meuble à tiroirs, et se mit à les ouvrir l’un après l’autre, en commençant par celui du bas. Il se retourna pour regarder son supérieur.

- Elle aurait tout inventé ?

- Peut-être pas tout. D’abord, elle quitte son compagnon, parce qu’elle fait la connaissance d’un autre homme. Elle a un travail, un logement et la garde alternée de son enfant. Et brusquement, elle aurait laissé tomber tout ça, pour venir ici, dans cette mansarde ?

Certainement pas. Comme je te l’ai dit, il faut vraiment ne pas avoir d’autre choix. Imagine-toi le scénario, elle abandonne toute sa vie à Lyon sur un coup de tête, pensant que l’homme dont elle s’est amourachée va l’accueillir à bras ouverts et l’épouser. Puis il lui annonce qu’il n’en est pas question.

- Je m’imagine, répliqua Sven, mais qui est cet homme si ce n’est pas Ledoux ? Tout le désigne, c’est sous son toit qu’elle est venue habiter, il avait son mot dans sa poche de pantalon, c’est à lui qu’elle a adressé cette carte postale après son renvoi et son retour à Lyon. Je pense qu’ils ont eu une aventure, elle s’imaginait qu’il allait divorcer pour elle. Arrivée à Clermont, elle apprend qu’il est à l’hôpital, elle se fait embaucher dans sa boutique, en attendant. Et puis… la douche froide, 

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Date de dernière mise à jour : 01/02/2017