BLUES MORTEL

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Le premier de la série (revu et corrigé depuis sa première édition)

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Les trente premières pages (copyright Josie Hack)

-  Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.

NOTE DE L’AUTEUR

 

 

                                                                                                                                    RUPTURES

 Depuis quelques jours, le commissaire de police Jean Lagarde trouvait sa vie morne. Debout près de la fenêtre grande ouverte de son appartement, situé au deuxième étage d’une résidence de la  rue Buxtehude à Clermont-Ferrand, il contempla la nuit d’été d’un air mélancolique. En regardant la fumée de sa cigarette se dissiper dans l’air tiède de la nuit, il se demanda pourquoi il n’était pas resté assis dans son fauteuil. Tout bien considéré, il avait pris l’habitude de se tenir près de la fenêtre uniquement afin de ne pas incommoder Hélène qui détestait la fumée de cigarette.

  Hélène l’avait quitté quelques jours plus tôt, alors qu’après avoir dépassé la durée fatidique des dix-huit mois de vie commune, il pensait pouvoir se bercer dans l’espoir d’une relation durable. Malheureusement, mardi soir en rentrant chez lui, il avait constaté que  l’appartement était plongé dans un silence suspect. Il ne lui avait fallu que quelques secondes pour comprendre qu’il était à nouveau un homme solitaire.

« Gloria » avait détruit son couple et il se sentait coupable de n’avoir pas agi au moment voulu.

Gloria s’appelait en réalité Marcelle et lorsque Lagarde l’avait aperçue pour la première fois, il s’était dit que « Marcel » pourrait également faire l’affaire en guise de prénom, car la « dame » avait plutôt la carrure d’un boxeur poids lourds que d’une frêle demoiselle. Elle était la secrétaire du club des amis des monuments historiques dont il avait fait partie pendant quelques mois.  Lagarde aimait visiter des sites où l’on pouvait ressentir l’âme d’un passé lointain. Durant sa jeunesse, il avait pris des cours d’histoire avant d’abandonner pour se tourner vers l’étude du crime, mais continuait cependant à y consacrer ses loisirs quand son emploi du temps le lui permettait, autant dire, rarement.  Lors de sa mutation à Clermont-Ferrand, il s’était inscrit au club local, ceci lui permettait d’être averti des dates de différents événements auxquels il aimait toujours assister. Egalement amateur de monuments d’art religieux, il profitait des ces occasions pour visiter de magnifiques églises et cathédrales.

  Gloria s’était occupée du formulaire de son inscription. Physiquement elle ne correspondait nullement à ses goûts. Grande, large d’épaules, elle manquait de féminité, malgré ses efforts intensifs  pour se donner un air de femme fatale. Sa couleur de prédilection était le rouge vif, ainsi ses tenues vestimentaires comportaient toujours au moins une touche de rouge, on retrouvait également le même ton de couleur criarde sur ses ongles, ses lèvres et sous forme de poudre sur son visage aux joues rebondies et aux traits peu harmonieux. Sa taille épaisse était soulignée par de larges ceintures ce qui évoquait vaguement un rôti ficelé ou un saucisson. Des jupes et des robes trop courtes dévoilaient ses gros genoux et des talons aiguilles mettaient en valeur ses chevilles épaisses.  La discrétion n’était pas une des qualités de Gloria et elle le prouvait aussi  par son comportement exubérant. Lagarde avait vu  rouge à chaque fois qu’il avait dû la fréquenter de près ou de loin, même simplement en entendant le son de sa voix. Dès qu’elle avait appris que le nouvel adhérent était également flic, elle avait voulu  en faire l’homme de sa vie. Un homme qui fréquentait le crime éveillait toutes sortes de pulsions sexuelles en elle. Elle était littéralement obsédée par les policiers, et quand le policier en question avait en plus un physique avantageux, plus rien ne pouvait la freiner dans ses élans. Au début, il avait pris la chose avec humour, il en avait même rigolé franchement  avec les autres membres du club qui ne connaissaient que trop bien leur secrétaire. Mais il y avait quelque chose dans le regard de Gloria qui l’avait troublé un peu, il avait vu cette lueur en exerçant son métier… dans les yeux de certains psychopathes.

  D’autres membres du club trouvaient aussi l’apparence de la secrétaire trop « sacrilège » au milieu d’une vieille église ou abbaye au passé historique. Lagarde lui-même l’aurait vue plus volontiers comme secrétaire d’un club de danse, ou d’un fan-club de chanteurs ou musiciens de variétés vieillissants, mais le président de l’association n’était autre que le frère aîné de Gloria. Et celui-ci lui avait appris que leur arbre généalogique côté paternel comportait plusieurs historiens confirmés, pour être précis, chaque génération en avait produit au moins un. Gloria avait donc grandi au milieu de l’histoire de l’Europe, connaissant les monuments et autres œuvres pratiquement sur le bout de ses ongles vernis, nul ne pouvait douter de ses compétences comme secrétaire de cette association.

  Au moment où il avait été nommé commissaire, il avait jugé préférable de résilier son inscription, pensant par la même occasion résoudre le problème « Gloria ». Il s’était fait violence en se rendant chez elle pour lui annoncer sa décision, prétextant une surcharge de travail. Elle était ravie de l’accueillir dans son appartement, lui avait fait prendre place sur son canapé blanc crème, parsemé de petits coussins roses et s’était empressé de lui servir du thé et des biscuits en sortant son service à thé orné de grosses roses rouges. Lagarde l’avait trouvé franchement horrible. En outre, cette sollicitude l’avait mis mal à l’aise, apparemment Gloria prenait sa démarche pour une visite de courtoisie. Comment savoir ce qui se passait dans ce cerveau dérangé ? Pour prévenir tout malentendu, il lui avait fait part de sa décision sans tarder. La nouvelle n’avait pas manqué de faire son effet et la déception était visible sur ses traits, elle en avait avalé son Earl Grey de travers, mais s’était très vite remise de ses émotions.

  Après quelques toussotements et d’éclaircissements de voix elle lui avait dit :

- Tu sais, on ne lâche pas nos membres aussi facilement, tu continueras à recevoir nos bulletins et nos dates pendant quelque temps, et si tu changes d’avis, tu seras toujours le bienvenu parmi nous.

  Lagarde avait alors compris qu’elle ne lâcherait pas sa proie sans se battre.

  Et elle avait tenu parole. Depuis la résiliation de son adhésion il recevait régulièrement des mails, des messages sur son répondeur, et la mégère se déplaçait personnellement pour glisser des bulletins dans sa boîte aux lettres dans l’espoir de le rencontrer dans le hall de son immeuble, ce qui arrivait parfois. Lagarde préférait ignorer tous les efforts qu’elle déployait pour le ramener au club en espérant qu’elle finirait par se lasser ou trouver un autre objet du désir. Lui-même avait fait la connaissance d’Hélène entretemps, ils s’étaient installés ensemble et Gloria-la-folle n’était plus qu’un souvenir amusant, une ombre, qui ne pourrait en aucun cas venir ternir son bonheur tout neuf.

     Un soir, en rentrant d’un dîner au restaurant avec Hélène, ils l’avaient croisé alors qu’elle promenait son yorshire-terrier à proximité de son immeuble. Gloria habitait un quartier assez éloigné du sien, mais n’avait pas craint de se provoquer des ampoules aux pieds pour se rappeler à son souvenir. Depuis ce soir-là il savait  qu’elle exerçait une surveillance rapprochée de sa personne, et le regard qu’elle leur avait lancé, malgré le sourire radieux qui l’accompagnait en disait long sur ses intentions.

  Gloria était follement jalouse et bien décidée à passer à la vitesse supérieure en matière de harcèlement. Elle comptait contrôler chaque parcelle de la vie de « son » commissaire. Dès lors, les messages sur son répondeur et sous forme de mails, parfois accompagnés de photos de sorties du club sur lesquelles ils figuraient tous les deux, étaient devenus quotidiens. Lorsque Lagarde et sa compagne sortaient au cinéma ou au restaurant, ils pouvaient s’attendre à la rencontrer, car elle s’intéressait aux mêmes films et s’était mise à fréquenter assidûment les mêmes bars et les mêmes restaurants qu’eux. Elle ne manquait jamais de s’inviter à leur table pour lui communiquer de vive voix les dernières nouvelles du club et surtout elle adorait évoquer des souvenirs passés, tout en le caressant du regard. Lagarde détestait cette manie qu’elle avait d’insérer habilement des petites phrases ambigües dans ses récits.

- Tu te souviens, mon chou, de cette chambre d’hôtel, lors de notre voyage à Amsterdam ?  Etc.…

  Le premier amusement passé, Hélène s’était rapidement lassée de sa « rivale » et l’avait fait savoir au commissaire. Un mot glissé dans leur boîte aux lettres le lendemain de la St-Valentin portant l’inscription « Merci pour les fleurs », ne lui avait pas franchement fait plaisir. Lui-même avait oublié cette fête. Lagarde s’était contenté de lui promettre de s’en occuper. Ne voulant pas provoquer la colère de Gloria, il n’avait pas envisagé de la rencontrer pour lui signifier de cesser son harcèlement, en outre, il craignait un acte de vengeance envers Hélène.

- Pas brillant pour un flic, d’être incapable de se sortir de ce pétrin, s’était-il répété maintes fois.

  Lasse de ces harcèlements, Hélène avait fini par craquer et avait décidé de le quitter en laissant un mot, lui souhaitant d’être heureux avec sa copine folle, posé à côté du dernier petit message de Gloria dans lequel celle-ci le remerciait de lui avoir fait passer la plus belle soirée d’anniversaire de sa vie. La veille, Lagarde était rentré tard, car un de ses collègues fêtait son départ en retraite, Gloria, surveillant ses faits et gestes, avait bondi sur l’occasion pour injecter une nouvelle dose de venin dans sa relation avec Hélène. Et ce fut le coup de grâce qui avait provoqué la mort de leur couple. Bien sûr, il lui serait facile de prouver qu’elle mentait, mais il préférait attendre. Hélène lui manquait énormément, mais avant de pouvoir la reconquérir il fallait se débarrasser de cette cinglée.

  L’été est arrivé, se rassura-t-il, et aucune affaire compliquée ne nécessite ma présence ici. J’inviterai Hélène  à dîner et je lui proposerai de partir quelque part, loin de cette emmerdeuse de Gloria, à un endroit où il y a beaucoup de boutiques et de cinémas et pas trop de monuments historiques.

Il avait rencontré Hélène au milieu de la circulation de pointe à Clermont. Sa voiture était tombée en panne et elle s’était trouvé coincée, entourée d’automobilistes pressés et furieux, se livrant à un concert de klaxons et gesticulant pour montrer leur exaspération. Lagarde s’était faufilé entre toutes ces carrosseries menaçantes pour voler à son secours.  Impressionnée par son efficacité, elle était venue le remercier le lendemain soir au commissariat. Lagarde, séduit par sa beauté et son élégance naturelle, l’avait invitée à dîner et ils ne s’étaient plus quittés. Une affaire rondement menée ! Hélène était ravie de venir s’installer dans son appartement, abandonnant apparemment sans regrets sa maison à sa fille. Elle avait constaté avec enthousiasme qu’ils avaient des goûts similaires concernant l’ameublement et la décoration et avait pris soin d’apporter sa touche personnelle. Quelques coussins pour rendre son canapé en cuir chamois plus douillet, un petit guéridon pour poser la tasse de thé. Après des semaines de recherches, elle avait déniché la coiffeuse qui s’accordait avec le style de sa chambre à coucher.  Hélène tenait une petite boutique d’antiquités à Clermont, Lagarde y passait parfois ses samedis libres avec elle, on y trouvait des petits meubles, des horloges, des lampes, mais sa spécialité étaient les objets du 19ème et du début du 20ème siècle, également très appréciés par le commissaire. Il aimait contempler les statuettes, les affiches et les photos jaunies et feuilleter les recueils de poésies. Un jour, elle lui avait confié avoir tenté d’écrire quelques poèmes tout en admettant trouver ses écrits franchement ignobles. 

  Seule ombre au tableau, elle ne partageait pas ses goûts pour les monuments historiques et les visites d’églises. Au début de leur relation, alors qu’ils flottaient encore sur leur petit nuage rose, ils avaient voulu tout partager. Mais, très vite il avait fini par renoncer à ses expéditions culturelles, en constatant combien Hélène trouvait cela barbant. Dès lors, à moins de pouvoir user du prétexte d’être trop épuisé pour sortir, il l’emmenait au cinéma en s’efforçant de ne pas s’endormir devant un de ces polars invraisemblables. Il avalait sagement les horribles sushis dans ce restaurant japonais qu’elle aimait, et –suprême horreur-, il l’accompagnait faire du shopping au Centre Jaude. Hélène était contente, heureuse même, et sa bonne humeur était contagieuse. N’était-ce pas ça l’amour, faire plaisir à l’autre, accepter ses différences ? Il n’en savait rien, Sven pourrait peut-être le renseigner. Sven était le nouvel adjoint qu’on lui avait collé depuis quelques mois, un élément prometteur lui avait-on dit. Un jeune morveux, un rien frimeur, grand, blond, beau mec. Il s’habillait dans un style savamment décontracté, omettant toujours de fermer les boutons supérieurs de sa chemise et les collègues de sexe féminin aimaient visiblement avoir un aperçu sur ce qui paraissait être un torse musclé. Lagarde ne doutait pas de son propre pouvoir de séduction de l’homme qu’il était, dans la force de l’âge, mais Sven attirait les regards des femmes dès qu’il apparaissait. Il devait représenter le sex-appeal au masculin. Quand ils interrogeaient des suspects ou témoins, les personnes se tournaient plus volontiers vers Sven. Au premier abord, il intimidait moins que le commissaire et son allure autoritaire.  Mais cet état de choses ne durait jamais longtemps, car Sven manquait encore d’expérience. Lorsqu’il suspectait quelqu’un, il allait droit au but en posant ses questions, impatient de recueillir des aveux. Les personnes finissaient souvent par trouver le commissaire plus rassurant que son adjoint pour faire leurs déclarations et aveux. Même s’il lui volait la vedette en matière de séduction, Sven était tout flatté de l’avoir comme supérieur, et il fallait bien admettre qu’il se donnait beaucoup de mal pour le seconder efficacement. Aucune enquête compliquée ne lui avait encore donné l’occasion de prouver ce qu’il avait dans le ventre… et la tête, en attendant, Lagarde lui abandonnait toutes les petites corvées. Sven était marié et père de famille et quand un week-end pendant lequel il n’était pas d’astreinte approchait, il avait l’air si heureux qu’il en paraissait presque idiot. Apparemment, les programmes loisirs qu’il partageait avec sa femme et ses rejetons ne représentaient jamais une corvée pour lui. Il aurait sans doute su comment se débarrasser de cette hystérique de Gloria pour ne pas bousiller son mariage.

  Le commissaire eut un sourire amer, il se sentait soudain fatigué… vingt-trois heures, autant aller se coucher, songea-t-il.

  Vingt-trois heures, ce même samedi soir sur les hauteurs de La Roche Blanche, à une vingtaine de kilomètres de la résidence du commissaire. Les dernières notes de blues venaient de sonner dans la nuit d’été étoilée, suivies des applaudissements du public. C’était l’ultime rappel et les musiciens s’apprêtaient à quitter la petite scène aménagée en cet endroit un peu insolite comme lieu de  concert. Le fan-club régional du groupe « Railroad », qui s’était produit ce soir, s’était battu pour cette soirée et avait obtenu gain de cause.

 Célia faisait également partie de ce fan-club, elle ne manquait jamais un concert de ses « chouchous » de « Railroad », un de ses groupes préférés. Mais ce soir, ce n’était pas comme d’habitude. Si quelqu’un lui avait demandé quels morceaux les musiciens avaient interprétés, elle aurait eu du mal à répondre, car elle était trop préoccupée par d’autres problèmes pour profiter de cette musique qui la faisait planer d’habitude. Des pensées trottaient dans sa tête depuis plusieurs jours déjà et lui donnaient cet air absent qui n’avait pas échappé à sa bande de copines et de copains. Combien de fois avait-il fallu écouter cette phrase stupide ce soir « Hello la planète mars, ici la terre ?» et ça commençait à l’agacer prodigieusement. A présent, elle devait encore patienter à la buvette avec les autres. Elle en était à sa deuxième bière et s’efforçait de prêter une oreille attentive  aux bavardages de sa copine Laure, mais sans trop y parvenir. Pourquoi le temps ne pouvait-il pas passer plus vite ?

  Enfin, vers vingt-trois heures trente, Célia se dirigea d’un pas lent vers la scène pour aller retrouver Jérémy, son petit ami qui travaillait comme technicien son et lumière. Elle savait qu’il était loin d’avoir terminé son boulot pour cette nuit, mais  n’avait plus envie de rester avec les autres à la buvette. Marre de s’enfiler des bières avec eux et de débiter des conneries en ricanant. Elle les trouvait particulièrement stupides ce soir et n’était pas du tout d’humeur à les supporter plus longtemps. Il lui fallait prendre une décision, maintenant, cette nuit. Lentement, elle se dirigea  vers la tour qui faisait face à la scène et la contourna. De là-haut, on pouvait contempler le village qu’elle habitait depuis toujours. Il faisait trop noir pour apercevoir les maisons maintenant, on distinguait tout juste des petits points de lumière dans la nuit. La tour médiévale était située en haut d’une falaise de roches calcaires percées de grottes. Célia lui avait toujours trouvé un aspect lugubre, surtout à la tombée de la nuit. Petite fille, elle s’était imaginé qu’elle était hantée, et que les grottes situées en dessous devaient abriter toutes sortes de créatures malfaisantes. A présent, tout ceci ne l’intéressait plus, elle haussa les épaules et s’éloigna. Ce n’était pas le moment de penser aux chauves-souris et aux insectes des grottes, ni aux cauchemars de son enfance, mais plutôt à ce qu’elle devait dire à      Jérémy. Ils avaient décidé de s’installer ensemble et elle avait presque fini de faire ses cartons, mais elle n’avait plus envie de s’installer en couple à présent. A vrai dire, elle n’était pas amoureuse de Jérémy non plus, elle s’était seulement servie de lui. L’homme de ses rêves était quelqu’un d’autre, mais ce quelqu’un d’autre ne faisait pas attention à elle malgré tous les efforts qu’elle déployait. Il était là ce soir devant ses yeux émerveillés, en tendant sa main elle aurait pu le toucher, sentir sa peau. A cette pensée, un frisson parcourut tout son corps. Oui, il fallait à tout prix se débarrasser de Jérémy, l’idée qu’il puisse la toucher encore lui était devenue insupportable. Mais comment s’y prendre ? Elle pourrait se servir du retour de sa mère comme prétexte, dire qu’elle ne voulait pas la laisser seule après sa rupture avec « le représentant de l’ordre et de la loi », même si sa mère n’avait nullement besoin d’elle pour régler ses déboires sentimentaux. Elle avait fait ses valises et était partie en vacances. Célia sourit, c’était un soulagement de ne plus avoir à fréquenter ce flic, elle ne s’était jamais sentie à l’aise avec lui. Parfois elle se demandait s’il n’avait pas compris qui elle était en réalité et cette sensation là était extrêmement déplaisante. C’était comme s’il lisait dans ses pensées. Sa propre mère ne la connaissait pas vraiment, et c’était préférable. En s’approchant de la scène, Célia finit par se dire que la meilleure solution serait peut-être l’improvisation. Il suffisait de provoquer une dispute avec Jérémy et de lui annoncer le reste dans la foulée. A lui de le digérer ensuite, ce ne serait plus son problème. Mais il n’était pas question rejoindre  à nouveau ses amis une fois cette corvée accomplie, elle se trouverait plutôt un coin tranquille pour surveiller tout le monde. Car, qui sait, peut-être allait-elle avoir l’occasion de le croiser et de lui parler ce soir, cet homme dont elle rêvait toutes les nuits ? Cette pensée lui donnait des ailes et le courage nécessaire. Elle accéléra son pas et fit signe à Jérémy.

                

              

                  SUR LES LIEUX DU CONCERT

 La nuit s’était avérée peu reposante pour le commissaire Lagarde ; voir défiler les heures interminables sur son réveil avait été une véritable épreuve. Les chiffres lumineux marquaient deux heures du matin quand il avait  enfin sombré dans une inconscience bienfaisante ou, plus poétiquement parlant, dans les bras de Morphée. Quoi qu’il eut préféré les bras d’Hélène ! Son assoupissement avait été de courte durée, car à peine deux heures plus tard, cet instrument diabolique qu’était le téléphone portable, l’avait fait revenir brutalement à l’état d’éveil et donc à la morne réalité.

Ainsi, vers quatre heures du matin, ce fut un commissaire tout ensommeillé qui prit le volant de sa Volvo. Il se sentait abattu après ces deux petites heures de repos, baillant à répétition et son estomac criait famine, car il n’avait pas pris le temps de déjeuner, hormis une petite tasse de café bien serré, chaud et sucré. Le lieu du crime vers lequel il roulait se trouvait à La Roche Blanche, une petite ville située au sud de Clermont-Ferrand. La seule information qu’il possédait à cet instant était que le corps d’une jeune femme venait d’être découvert, caché derrière des buissons en bordure d’un chemin qui menait sur les hauteurs du village. Un concert de musique blues avait eu lieu plus tôt dans la nuit dans un champ, là-haut.

 La Roche Blanche… Il connaissait bien cet endroit c’était là qu’habitait Hélène avant de venir s’installer dans son appartement clermontois, et elle y était retournée après leur séparation.

- Quelle  coïncidence bizarre, songea-t-il.

Il s’était souvent promené en compagnie d’Hélène dans cet agréable village vigneron avec ses toits en tuiles rouges, entouré de champs et de petits bois et surplombé par une vieille tour ronde. En dessous, dans la falaise de roche calcaire, des grottes étaient taillées, évoquant  des petites fenêtres. Hélène habitait une petite maison dans une ruelle étroite de laquelle on avait vue sur cette falaise. Que de souvenirs attachés à cet endroit ! Sa raison lui dictait de les chasser de son esprit dans l’immédiat. C’était en qualité de policier qu’il se rendait sur place, afin de prendre la direction d’une enquête concernant le corps sans vie d’une jeune femme. Il ignorait tout concernant ce concert, la fille d’Hélène aurait certainement pu lui donner des informations.

- Une histoire de dope probablement, pensa-t-il, mais s’en voulut aussitôt d’avoir de tels préjugés.

 Lagarde n’avait pas connu les joies de la paternité, le temps avait passé et il était resté célibataire. A son âge, il aurait pu être père d’un adolescent ou d’un jeune adulte, l’âge où les vrais problèmes commençaient souvent. Parfois, il se demandait s’il possédait l’étoffe d’un bon père de famille. Hélène avait une fille de vingt ans d’une union précédente, Célia, qui semblait ne pas l’apprécier beaucoup. Les  quelques fois où il s’était rendu dans la maison de la Roche Blanche en compagnie d’Hélène, il avait toujours trouvé Célia d’humeur massacrante,  faisant une moue blasée lorsqu’il osait aborder un sujet comme l’art, les monuments historiques ou la musique classique. Cette animosité était-elle lié au fait qu’il était flic ? Le petit ami actuel de Célia était un jeune technicien au passé un peu trouble, il ne devait pas aimer les flics non plus. Soudain, il lui vint à l’esprit que Célia avait peut-être assisté au concert de la Roche Blanche. S’il s’était agi d’un événement rock, c’’était même une certitude, elle aimait ce genre de musique. Dans ce cas, la jeune fille  pourrait  faire partie des témoins à interroger ce qui n’arrangerait pas leurs relations, dans l’hypothèse où il réussirait à reconquérir Hélène. Célia était une jolie jeune fille, mais d’humeur souvent ombrageuse et qui n’aimait pas qu’on lui pose des questions. Il soupira en y pensant.

 Et qui était la victime trouvée là-haut sur les lieux de ce concert ? Sans doute une jeune personne habitant la région ; il faudrait annoncer l’horrible nouvelle à sa famille. Cette pensée était très déplaisante, il s’agissait là d’un des aspects de son métier qu’il détestait. Il ne s’habituait guère à être confronté à la douleur des gens dans ce genre de circonstances. Un sentiment d’impuissance l’envahissait à chaque fois.

 Le jour n’était toujours pas levé lorsque Lagarde engagea sa Volvo dans le chemin menant au champ. L’horloge de sa voiture affichait cinq heures, encore une heure à attendre avant que le soleil n’apparaisse à l’horizon en ce mois de juillet. Les phares de la Volvo éclairaient le sentier vers les hauteurs, on pouvait distinguer des pancartes fluo annonçant le concert de la veille. Le chemin devenait de plus en plus cahoteux,  il gara son véhicule  sur le bas côté et finit les derniers mètres à pied. En marchant, des souvenirs hantaient  à nouveau son esprit, car quelques semaines plus tôt il s’était trouvé en compagnie d’Hélène dans ce même chemin pour faire une promenade. C’était un  dimanche après-midi de début d’été, il se rappelait les rayons du soleil filtrant à travers le feuillage dense des arbustes qui bordaient étroitement le sentier, allant jusqu’à former une voûte par endroits. Les lierres envahissants s’enroulaient autour des branches des arbres ou s’enracinaient dans le sol, l’ensemble constituait  un véritable tunnel végétal durant la belle saison, dispensant une ombre bienfaisante aux promeneurs

 A cette heure nocturne l’endroit faisait plutôt penser à un couloir sombre et portait encore les traces des réjouissances qui avaient eu lieu plus tôt dans la nuit. On distinguait dans l’obscurité le blanc des gobelets plastique provenant de la buvette à présent fermée, des papiers, des emballages de cigarettes, et d’innombrables mégots, auxquels il allait ajouter celui de la cigarette qu’il était en train de fumer.

 Les gyrophares des véhicules de gendarmerie et de l’ambulance des pompiers envoyaient leurs raies de lumière clignotante, accentuant encore l’ambiance glauque de toute cette scène. Ici, des personnes étaient venues écouter la musique qu’elles aimaient, faire la fête, et puis, pour l’une d’entre elles, la vie s’était arrêtée à l’issue de la soirée.

-  Allez,  Lagarde, raisonne en professionnel, se dit-il !

Se laisser dominer par ses sentiments n’était pas considéré comme une attitude professionnelle dans son métier, mieux valait se concentrer uniquement sur les faits.  Au dernier tournant du chemin, il put voir les hommes de son équipe déjà sur place et accéléra le pas pour aller à leur rencontre. Il aperçut des pompiers en train de s’affairer autour d’un corps posé sur un brancard. Lagarde fut un peu surpris par ce fait, car  on lui avait parlé d’un corps sans vie. Personne n’avait mentionné de blessés. Sven, son jeune adjoint, s’était débrouillé pour arriver sur les lieux avant lui, à présent, il courut à sa rencontre en agitant les bras. Lagarde en ressentit un léger agacement, il aurait préféré aborder l’affaire dans le calme, ce ne serait guère possible en compagnie de ce jeune homme en constante agitation. Sans même perdre du temps à le saluer, Sven s’écria :

- On n’est pas en présence d’un meurtre patron. La jeune femme est vivante, les pompiers s’occupent d’elle !

- Pourquoi nous avoir fait venir alors, répondit-il, s’il s’agit d’un accident ou d’un malaise, les pompiers et la gendarmerie pourront s’en charger.

- Mais non, boss, il s’agit bien d’une tentative de meurtre, quelqu’un a essayé de l’étrangler, j’ai vu les marques à son cou !

-  A-t-elle vu son agresseur ? Est-elle en état de répondre à quelques questions ?

- Impossible, elle est dans le coma, le médecin des pompiers dit qu’on ne sait jamais combien de temps cet état peut durer. Ils vont l’emmener à l’hôpital. Nous ne pourrons pas compter sur son témoignage pour apprendre quel est le salopard qui a fait ça. Une jolie fille de surcroît. Vu le nombre de personnes qui ont dû assister au concert, nous allons être occupés.

Ignorant le compte rendu verbal de son adjoint, Lagarde fit circuler son regard autour de la scène de crime. Un jeune homme s’apprêtant à monter dans l’ambulance attira son attention, l’un des pompiers le repoussa à plusieurs reprises et il s’ensuivit une discussion animée. Visiblement, le jeune homme tenait à accompagner la personne qu’on s’apprêtait à évacuer.

Lagarde s’adressa à son adjoint.

- Savez-vous qui est ce citoyen-là ?

- Son petit ami, boss, c’est lui qui l’a trouvée et appelé les secours. Il  ne nous a pas raconté grand-chose pour le moment, les pompiers ont du s’occuper de lui aussi, il était choqué. Il dit qu’il la croyait morte.

- Dites-lui de rester ici, Sven, on va avoir besoin de son témoignage. Pourquoi s’attardait-il sur les lieux à une heure aussi tardive ?

  Sans prendre le temps de répondre, Sven courut vers l’ambulance en faisant des signes aux pompiers. Le commissaire suivit d’un pas plus mesuré. A l’approche du véhicule, il ressentit comme un choc en  apercevant le jeune homme qui s’obstinait à vouloir monter dans l’ambulance. Ce n’était pas un inconnu, il s‘agissait de Jérémy, l’ami de la fille d’Hélène, et la victime de cette tentative de meurtre étendue dans l’ambulance n’était autre que Célia ! Un poids énorme s’abattit alors sur ses épaules. Telles que les choses se présentaient, il serait obligé d’annoncer à Hélène que sa fille avait été victime d’une tentative d’étranglement. S’ensuivrait ensuite la procédure habituelle : les visites à des fins d’interrogatoires, des questions répétitives, des notes gribouillées sur un carnet, des convocations au commissariat

. Chienne de vie, pensa-t-il.

 Ce serait une véritable corvée de revoir son ex-compagne dans de telles circonstances. On pouvait imaginer sans peine un scénario plus romantique pour une réconciliation.

  La voix de Sven agaça à nouveau ses oreilles.

- On a ses coordonnées, patron, elle s’appelle Célia…

- Je la connais, répondit-il sèchement. Il s’agit de la fille d’une amie. A-t-on déjà prévenu sa famille ?

Sven lui jeta un regard de côté, comme s’il craignait que son boss ne tombe malade ou s’effondre.

- Oui, patron, bien sûr. Sa mère est actuellement en voyage, mais on a réussi à la joindre sur son portable, son numéro était enregistré dans le mobile de la jeune fille. Elle nous a assuré qu’elle rentrerait immédiatement.

  Alors que Lagarde était toujours en proie à des pensées sombres en observant l’ambulance s’éloigner, Sven déploya un grand enthousiasme à commencer les interrogatoires. En premier lieu, il se tourna vers le jeune homme, témoin numéro un.

Jérémy était un grand garçon d’une trentaine d’années, aux cheveux bruns bouclés retombant sur les épaules. Son teint était très pâle, il avait l’air réellement bouleversé.

- Racontez-nous dans quelles circonstances vous avez découvert la jeune fille. D’après votre déclaration aux équipes de secours, il s’agit d’une amie ?

- Oui, Célia est une amie. Elle devait m’attendre après le concert, balbutia Jérémy. Je suis technicien son et lumière, je travaillais sur la scène, et lui ai dit que je la retrouverai après mon boulot. L’idée de devoir m’attendre environ une heure lui déplaisait, elle m’a dit que c’était la merde, toujours pareil avec moi, qu’après, on n’aurait plus le temps d’aller ailleurs, plus qu’à rentrer et se pieuter.

- Ah, vous admettez donc vous être disputé avec elle ? remarqua Sven.

- Ce n’était pas vraiment une dispute, protesta nerveusement le jeune homme. Célia était simplement de mauvaise humeur ce soir-là et contrariée par mes horaires. Pourtant, elle n’était pas venue seule à ce concert, il y avait des copines et des copains qui l’accompagnaient, je lui ai suggéré de boire un verre avec eux en m’attendant, mais elle est partie…furieuse. Mon boulot terminé, je l’ai cherchée mais je ne l’ai plus trouvée. Je suis descendu au village, elle habite ici, à La Roche Blanche, il y avait sa voiture garée devant sa porte, mais pas de lumière. J’ai sonné, sans résultat, j’en ai déduit qu’elle ne devait pas encore être rentrée. Je me demandais ce qu’elle foutait. Pensant qu’elle était peut-être restée sur les lieux du concert, je suis remonté et j’ai refait le tour du champ, mais il n y avait pas de trace d’elle. Entre temps l’endroit s’était vidé, la buvette avait fermé, je suis donc rentré chez moi. Mais je n’arrivais pas à dormir… je me demandais où elle pouvait être… je m’imaginais qu’elle était partie avec un autre mec, cette pensée me tourmentait, il fallait que je revienne pour contrôler. Sa voiture était toujours devant sa porte, je suis remonté vers le champ et j’ai composé son numéro de portable… sa sonnerie à retenti dans les buissons. C’était  horrible.

- Un peu confus tout ça, constata Sven, vous partez, vous revenez… et vous confirmez donc que c’est la jalousie qui vous a poussé à revenir ? Pourquoi ne pas avoir tenté de l’appeler plus tôt sur son portable ?

 Sven semblait persuadé de tenir le coupable en la personne de ce jeune homme.

- Mais non, s’écria Jérémy, je voulais savoir, c’est tout, je me faisais du souci. Je vous ai déjà expliqué qu’elle était en colère contre, elle ne m’aurait pas répondu si j’avais appelé plus tôt.

  La voix du jeune homme tremblait sous l’émotion

. S’il se met à pleurer, je vais craquer aussi, pensa Lagarde. Afin d’éliminer cette possibilité, il décida de remettre la suite de l’interrogatoire à plus tard.

- Rentrez vous reposer, vous serez convoqué plus tard quand vous serez remis de vos émotions.

  Jérémy regarda Lagarde, affolé.

- Vous me connaissez un peu, commissaire, vous savez bien que je ne ferais pas de mal à Célia. On se disputait parfois, je vous l’accorde, vous savez qu’elle a son caractère, mais ce n’était jamais sérieux.

- Personne ne vous accuse pour le moment, rassurez-vous. Vous nous détaillerez tout plus tard.

  Un peu rassuré par les propos du commissaire, le jeune homme s’éloigna et Lagarde se tourna vers Sven.

- Je pense que l’on devrait inspecter ce pré avant de rentrer, prenez des lampes torche, le jour se pointe, mais il fait encore trop sombre pour distinguer quelque chose.

  Sven courut vers sa voiture et revint quelques minutes plus tard avec des lampes torche.

- Vous espérez vraiment trouver quelque chose dans ce foutoir ? Ce serait étonnant. A mon avis, tout accuse le technicien, il a admis lui-même être revenu parce qu’il s’attendait à  surprendre la victime avec un autre homme.  Il vient, la trouve avec un autre gars, la jalousie lui fait perdre la tête, … le scénario classique. On aurait dû l’épingler tout de suite.

Lagarde marchait en braquant le rai de lumière  sur le sol.

- Je ne pense rien de précis, et rien n’est clair à ce stade, répondit-il. En tout cas, pas tant qu’on n’aura pas de preuves tangibles. Vos théories tiennent la route, d’accord, mais ce ne sont que des suppositions. Il ne faut jamais précipiter les choses. Ce jeune homme que vous voulez « épingler » est le témoin numéro un. Il est, bien sûr, possible qu’il nous mente. Mais si, comme vous semblez le croire, Célia se trouvait en compagnie de quelqu’un, il faudra trouver cet inconnu !

 Les policiers traversèrent le pré, passant devant le stand qui avait servi de buvette, en direction de la tour ronde.

- Savez-vous, Sven, que c’est par ici qu’avait eu lieu la célèbre bataille de Gergovie en 52 avant JC ?

Sven dévisagea son supérieur comme s’il le soupçonnait d’être en train de perdre la raison.

- Euh, non patron, vous savez que je ne suis pas originaire du coin, et pour tout vous avouer, l’histoire ne me branche pas vraiment, je la trouve souvent sinistre, je préfère les choses… comment dire, plus modernes. Comme par exemple le genre de musique qu’on a joué ici ce soir.

Visiblement, Sven cherchait à éviter un cours d’histoire avec tous les détails de ladite bataille.

- Mais vous connaissez Vercingétorix ? insista Lagarde.

- Pas personnellement, patron, plaisanta l’adjoint, j’en ai entendu parler, bien sûr. Elle est étrange cette construction ronde là, je lui trouve un  air un peu menaçant à la voir ainsi de nuit, pas vous ? Peut-être qu’ils ont envoyé leurs flèches de là pendant cette bataille dont vous me parliez à l’instant.

- J’en doute fort, Sven, c’est une tour médiévale, peut-être un ancien pigeonnier. Allons tout de même l’inspecter.

 Arrivés à l’entrée dépourvue de porte de la vieille tour, Sven entra en premier en éclairant de sa lampe le mur et le sol en terre battue de la petite pièce ronde. Soudain, il se tourna vers le commissaire en s’écriant :

- Il y a quelqu’un étendu par terre, boss, un gars endormi.

Le commissaire entra à son tour et s’approcha.  Un jeune homme se trouvait là, couché à même le sol. Pour se protéger de la fraîcheur nocturne, il s’était  couvert le corps tant bien que mal avec son blouson en jean.

- Je trouve que ce gaillard a le sommeil lourd, observa Lagarde. L’arrivée des pompiers et de notre équipe  aurait dû le réveiller. J’espère que nous ne sommes pas en présence d’un malaise ou un coma éthylique, les pompiers sont déjà repartis. Essayez de le secouer un peu.  Dites-lui que la fête est terminée et qu’il est temps de rentrer dormir chez lui. Nous noterons ses coordonnées, peut-être a-t-il vu ou entendu quelque chose ?

 

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La page 99

- Je crois que j’ai trouvé quelque chose dans les faits divers, dit subitement Lagarde. Regardez Sven, une jeune femme de trente deux ans, agressée par un groupe d’inconnus le soir du 11 mai. C’était bien le soir  où a eu lieu ce concert dont on a trouvé le billet ?

- Oui, patron, et alors, c’était lors du spectacle ?

- Non, plus tard, vers minuit, alors qu’elle rentrait chez elle, mais elle y avait peut-être assisté, les horaires correspondent. Il faut la contacter, peut-être qu’elle pourra nous fournir plus d’informations. Lisez, Sven, voilà ce qui est intéressant pour nous, elle portait des bleus à son cou on lui avait serré la gorge. Elle s’appelle Stéphanie Muller, elle n’habite qu’à quelques rues d’ici, on a largement le temps d’aller la voir avant le concert.

Le téléphone se mit à sonner et Sven répondit.

- C’est Jérémy, notre technicien, dit-il, il y a un pépin. Les musiciens s’affolent, ils sont arrivés pour la balance mais la chanteuse n’est pas là. Ils l’attendent depuis une heure déjà et l’un d’entre eux, celui qui s’appelle Christophe serait en train de péter les plombs. Ils essayent de l’appeler sur son portable, mais en vain, apparemment elle l’a éteint.

- Mais ils ne devaient pas partir ensemble après s’être retrouvés chez l’un d’entre eux ? On le leur avait même recommandé ?

- Oui, mais elle a appelé pour dire qu’elle avait changé d’avis, qu’elle n’était pas prête et qu’elle préférait les retrouver directement sur les lieux du concert.

Les lieux de "Blues Mortel "

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Date de dernière mise à jour : 19/03/2019