BLUES MORTEL

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Le premier de la série (revu et corrigé depuis sa première édition)

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Les trente premières pages (copyright Josie Hack)

-  Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.

NOTE DE L’AUTEUR

 

 

 

 

 

  J’ai aperçu la petite ville de la Roche Blanche pour la première fois sur des photos que mon fils et sa fiancée ont faites lors d’une de leurs randonnées.

 

  J’ai tout de suite aimé les falaises couleur sable et cette vieille tour un peu insolite perchée en haut. Quand, plus tard, j’ai commencé à écrire cette histoire de meurtres, j’ai choisi cette charmante petite ville comme lieu des premiers crimes.

 

  J’espère que ses habitants ne m’en voudront pas, s’il y en a parmi mes lecteurs. Ceci est une fiction, tous les événements, personnages, ainsi que les noms des rues sont issus de l’imagination de l’auteur

 

 

 

RUPTURES

 

 

 

 

 

 

 Depuis quelques jours, le commissaire de police Jean Lagarde trouvait sa vie morne. Debout près de la fenêtre grande ouverte de son appartement situé au deuxième étage d’une résidence de la  rue Buxtehude à Clermont-Ferrand, il contempla la nuit d’été d’un air mélancolique. En regardant la fumée de sa cigarette se dissiper dans l’air tiède de la nuit, il se demanda pourquoi il n’était pas resté assis dans son fauteuil. Après tout, il avait pris l’habitude de se tenir près de la fenêtre uniquement pour ne pas incommoder Hélène.

 

  Mais Hélène venait de le quitter quelques jours plus tôt, alors qu’après avoir dépassé la durée fatidique des dix-huit mois de vie commune, il pensait pouvoir se bercer dans l’espoir d’une relation durable. Malheureusement, mardi soir en rentrant chez lui, il constata que  l’appartement était plongé dans un silence suspect. Il ne lui avait fallu que quelques secondes pour comprendre qu’il était à nouveau un solitaire.

« Gloria » avait détruit son couple et il se sentit coupable de n’avoir pas agi.

Gloria s’appelait en réalité Marcelle et lorsque Lagarde l’aperçut pour la première fois, il trouva que « Marcel » pourrait également faire l’affaire comme prénom pour cette « dame » à la carrure de camionneur. Elle était la secrétaire du club des amis de l’orgue dont il avait fait partie pendant quelques mois.  Il aimait le son puissant de cet instrument, spécialement les compositions de J.S. Bach. Durant sa jeunesse, à présent lointaine, il avait même pris quelques cours d’orgue, puis abandonné… pour s’intéresser au crime. Il continuait à jouer du piano quand son emploi du temps le lui permettait, autant dire, rarement.  Lors de sa mutation à Clermont-Ferrand il s’était inscrit au club local, ceci lui permettait d’être averti des dates de concerts auxquels il aimait toujours assister. Egalement amateur de monuments historiques il profita, des ces occasions pour visiter de magnifiques églises et cathédrales.

 

  Gloria s’était occupée du formulaire de son inscription. Physiquement elle ne correspondait nullement à ses goûts. Grande, large d’épaules, elle manquait de féminité, malgré ses efforts intensifs  pour se donner un air de femme fatale. Sa couleur de prédilection était le rouge vif. Sa tenue vestimentaire comportait toujours au moins une touche de rouge et on retrouvait aussi le même ton de couleur criarde sur ses ongles, ses lèvres et sous forme de poudre sur les joues de son visage aux traits peu harmonieux. Sa taille épaisse était soulignée par de larges ceintures ce qui évoquait vaguement un rôti ficelé ou un saucisson. Des jupes et des robes trop courtes dévoilaient ses gros genoux et ses talons aiguilles mettaient en valeur ses chevilles épaisses. Mais Gloria n’aimait pas la discrétion, et elle le prouvait aussi  par son comportement exubérant. Et Lagarde vit rouge à chaque fois qu’il l’aperçut, même de loin, ou simplement en entendant le son de sa voix. Dès qu’elle apprit que le nouvel adhérent était également musicien amateur, elle voulut  en faire  l’homme de sa vie. Un homme qui caressait un instrument de musique éveillait toutes sortes de pulsions sexuelles en elle. Elle était littéralement obsédée par les musiciens, et quand le musicien en question avait en plus un physique avantageux, plus rien ne pouvait la freiner dans ses élans. Au début il prit la chose avec humour, il en riait même franchement parfois avec les autres membres du club qui ne connaissaient que trop bien leur secrétaire. Mais il y avait quelque chose dans le regard de Gloria qui l’inquiétait un peu, il avait vu cette lueur en exerçant son métier… dans le regard de certains psychopathes.

  D’autres membres du club trouvaient aussi l’apparence de la secrétaire trop « sacrilège » dans une église. Lagarde lui-même l’aurait vue plus volontiers comme secrétaire d’un club de danse, ou d’un fan-club de chanteurs ou musiciens de variétés vieillissants, mais le président de l’association n’était autre que le frère aîné de Gloria. Et celui-ci lui apprit que leur arbre généalogique côté paternel comportait plusieurs organistes, pour être précis, chaque génération en avait produit au moins un. Gloria avait donc grandi au son de l’orgue, elle connaissait l’instrument, les compositeurs, les œuvres pratiquement sur le bout de ses ongles vernis, nul ne pouvait douter de ses compétences comme secrétaire de cette association.

 

  Au moment où il fut nommé commissaire, il jugea préférable de résilier son inscription, pensant par la même occasion résoudre le problème « Gloria ». Il se fit violence en se rendant chez elle pour lui annoncer sa décision, prétextant une surcharge de travail. Elle était ravie de l’accueillir dans son appartement, lui fit prendre place sur son canapé blanc crème, parsemé de petits coussins roses et s’empressa de lui servir du thé et des biscuits en sortant son service à thé orné de grosses roses. Lagarde le trouvait horrible. Cette sollicitude le mit mal à l’aise, apparemment Gloria prenait sa démarche pour une visite de courtoisie. Comment savoir ce qui se passait dans ce cerveau dérangé ? Pour prévenir tout malentendu, il lui fit part de sa décision sans tarder. La nouvelle ne manqua pas de faire son effet, la déception était visible sur ses traits, elle en avala même son Earl Grey de travers, mais elle se ressaisit vite.

  Après quelques toussotements et d’éclaircissements de voix elle lui dit :

- Tu sais, on ne lâche pas nos membres aussi vite, tu continueras à recevoir nos bulletins et nos dates pendant quelque temps, et si tu changes d’avis, tu seras toujours le bienvenu parmi nous.

  Il comprit alors qu’elle ne lâcherait pas sa proie aussi facilement.

  Et elle tenait parole. Il recevait régulièrement des mails, des messages sur son répondeur, et la mégère se déplaçait personnellement pour glisser les bulletins dans sa boîte aux lettres dans l’espoir de le rencontrer dans le hall de son immeuble, ce qui arrivait parfois. Il choisit d’ignorer tous ses efforts pour le ramener au club en espérant qu’elle finisse par se lasser ou trouver un autre objet du désir. Lui-même avait fait la connaissance d’Hélène entre-temps, ils s’étaient installés ensemble ; Gloria-la-folle n’était plus qu’un souvenir amusant, une ombre, qui ne pouvait pas venir ternir son bonheur tout neuf.

     Un soir, en rentrant d’un dîner au restaurant avec Hélène, ils la croisèrent en train de promener son yorshire-terrier à proximité de son immeuble. Elle habitait un quartier assez éloigné du sien, mais n’avait pas craint de se provoquer des ampoules aux pieds pour se rappeler à son souvenir. Il comprit alors qu’elle devait exercer une surveillance rapprochée de sa personne, et le regard qu’elle leur lançait, malgré le sourire radieux qui l’accompagnait en disait long sur ses intentions.

  Gloria était follement jalouse et bien décidée à passer à la vitesse supérieure en matière de harcèlement. Elle comptait contrôler chaque parcelle de la vie de « son » commissaire. Dès lors, les messages sur son répondeur et sous forme de mails, parfois accompagnés de photos de sorties du club sur lesquelles ils figuraient tous les deux, devenaient presque quotidiens. Elle se mit aussi à aller voir les mêmes films que Lagarde et sa compagne et à fréquenter assidûment les mêmes bars et les mêmes restaurants. Elle ne manquait jamais de s’inviter à leur table pour lui communiquer de vive voix les dernières nouvelles du club et surtout elle adorait évoquer des souvenirs passés, tout en le caressant du regard. Lagarde détestait cette manie qu’elle avait d’insérer habilement des petites phrases ambigües dans ses récits.

- Tu te souviens, mon chou, de cette chambre d’hôtel, lors de notre voyage à Amsterdam ?  Etc.…

 

  Le premier amusement passé, Hélène se lassait rapidement de sa « rivale » et le fit savoir au commissaire. Un mot glissé dans leur boîte aux lettres le lendemain de la St-Valentin portant l’inscription « Merci pour les fleurs », ne lui avait pas franchement fait plaisir. Il avait oublié cette fête. Lagarde se contentait de lui promettre de s’en occuper. Ne voulant pas provoquer la colère de Gloria, il n’envisagea pas de la rencontrer pour lui signifier de cesser son harcèlement. Il craignait pour la tranquillité et peut-être même la sécurité d’Hélène.

 

- Pas brillant pour un flic, d’être incapable de se sortir de ce pétrin, pensa-t-il.

  Lasse de ces harcèlements, Hélène avait craqué et décidé de le quitter en laissant un mot, lui souhaitant d’être heureux avec sa copine folle, posé à côté du dernier petit message de Gloria. Celle-ci le remerciait de lui avoir fait passer la plus belle soirée d’anniversaire de sa vie. La veille, il était rentré tard, car un de ses collègues fêtait son départ en retraite, Gloria, surveillant ses faits et gestes, avait bondi sur l’occasion pour injecter une nouvelle dose de venin dans sa relation avec Hélène. Et ce fut le coup de grâce qui provoqua la mort de leur couple. Bien sûr, il lui serait facile de prouver qu’elle mentait, mais il préféra attendre. Hélène lui manquait énormément, mais avant de pouvoir la reconquérir il fallait se débarrasser de cette cinglée.

  L’été est là, se rassura-t-il, et aucune affaire compliquée ne nécessite ma présence ici. J’inviterai Hélène  à dîner et je lui proposerai de partir quelque part, loin de cette emmerdeuse de Gloria, à un endroit où il y a beaucoup de boutiques et de cinémas et pas trop de monuments historiques.

 

Il avait rencontré Hélène au milieu de la circulation de pointe à Clermont. Sa voiture était tombée en panne et elle s’était trouvé coincée, entourée d’automobilistes pressés et furieux, se livrant à un concert de klaxons et gesticulant pour montrer leur exaspération. Lagarde s’était faufilé entre toutes ces carrosseries menaçantes pour voler à son secours.  Impressionnée par son efficacité, elle était venue le remercier le lendemain soir au commissariat. Lagarde, séduit par sa beauté et son élégance naturelle, l’avait invitée à dîner et ils ne s’étaient plus quittés. Une affaire rondement menée ! Hélène était ravie de venir s’installer dans son appartement, abandonnant apparemment sans regrets sa maison à sa fille. Elle avait constaté avec enthousiasme qu’ils avaient des goûts similaires concernant l’ameublement et la décoration et ne manqua pas d’apporter sa touche personnelle. Quelques coussins pour rendre son canapé en cuir chamois plus douillet, un petit guéridon pour poser la tasse de thé. Après des semaines de recherches, elle avait déniché la coiffeuse qui s’accordait avec le style de sa chambre à coucher.  Au dessus du lit, une reproduction de « l’origine du monde », remplaçait la celle  de « figure dans un paysage » de Bacon, pour laquelle elle trouva une place sur le mur de la salle à manger. Hélène tenait une petite boutique d’antiquités à Clermont, Lagarde y passait parfois ses samedis libres avec elle, on y trouvait des petits meubles, des horloges, des lampes, mais sa spécialité étaient les objets du 19ème et du début du 20ème siècle, également très appréciés par le commissaire. Il aimait contempler les statuettes, les affiches et les photos jaunies et feuilleter les recueils de poésies. Elle lui confia avoir tenté d’écrire quelques poèmes elle-même, mais admit trouver ses écrits franchement ignobles. 

  Seule ombre au tableau, elle ne partageait pas ses goûts pour la musique d’orgue et les visites d’églises. Au début de leur relation, alors qu’ils flottaient encore sur leur petit nuage rose, ils voulaient tout partager. Mais, très vite il finit par renoncer à ses expéditions culturelles, en voyant combien Hélène trouvait cela barbant. Quand il ne prétextait pas être trop crevé pour sortir, il l’emmenait au cinéma en s’efforçant de ne pas s’endormir devant un de ces polars invraisemblables. Il avalait sagement les horribles sushis dans ce restaurant japonais qu’elle aimait, et –suprême horreur-, il l’accompagnait faire du shopping au Centre Jaude. Hélène était contente, heureuse même, et sa bonne humeur était contagieuse. N’était-ce pas ça l’amour, faire plaisir à l’autre, accepter ses différences ? Il n’en savait rien, Sven pourrait peut-être le renseigner. Sven était le nouvel adjoint qu’on lui avait collé depuis quelques mois, un élément prometteur lui avait-on dit. Un jeune morveux, un rien frimeur, grand blond, beau mec. Il s’habillait dans un style savamment décontracté, omettant toujours de fermer les boutons supérieurs de sa chemise et les collègues de sexe féminin aimaient visiblement avoir un aperçu sur ce qui paraissait être un torse musclé. Lagarde ne doutait pas de son propre pouvoir de séduction de l’homme qu’il était, dans la force de l’âge, mais Sven attirait les regards des femmes dès qu’il apparaissait. Il devait représenter le sex-appeal au masculin. Quand ils interrogeaient des suspects ou témoins, les personnes se tournaient plus facilement vers Sven. Au premier abord, il intimidait moins que le commissaire et son allure autoritaire.  Mais cet état de choses ne durait jamais longtemps, car Sven manquait encore d’expérience. Quand il suspectait quelqu’un, il allait droit au but en posant ses questions, impatient d’entendre des aveux. Les personnes finissaient souvent par trouver le commissaire plus rassurant que son adjoint pour faire leurs déclarations et aveux. Même s’il lui volait la vedette en matière de séduction, Sven était tout flatté de l’avoir comme supérieur, et il fallait bien admettre qu’il se donnait beaucoup de mal pour le seconder efficacement. Aucune enquête compliquée ne lui avait encore donné l’occasion de prouver ce qu’il avait dans le ventre… et la tête, en attendant, il lui laissait toutes les petites corvées. Sven était marié et père de famille et quand un week-end pendant lequel il n’était pas d’astreinte approchait, il avait l’air si heureux qu’il en paraissait presque idiot. Apparemment, les programmes loisirs qu’il partageait avec sa femme et ses rejetons ne représentaient jamais une corvée pour lui. Il aurait sans doute su comment se débarrasser de cette hystérique de Gloria pour ne pas bousiller son mariage.

  Il eut un sourire amer, se sentit soudain fatigué… vingt-trois heures, autant aller se coucher, songea-t-il.

 

  Vingt-trois heures, ce même samedi soir sur les hauteurs de La Roche Blanche, à une vingtaine de kilomètres de la résidence du commissaire. Les dernières notes de blues venaient de sonner dans la nuit d’été étoilée, suivies des applaudissements du public. C’était l’ultime rappel et les musiciens quittèrent la petite scène aménagée en cet endroit un peu insolite comme lieu  concert. Mais le fan-club régional du groupe « Railroad », qui s’était produit ce soir, s’était battu pour cette soirée et avait obtenu gain de cause.

 Célia faisait également partie de ce fan-club, elle ne manquait jamais un concert de ses « chouchous » de « Railroad », un de ses groupes préférés. Mais ce soir, ce n’était pas comme d’habitude. Si quelqu’un lui avait demandé quels morceaux les musiciens avaient interprété, elle aurait eu du mal à répondre, car elle était trop préoccupée par d’autres problèmes pour profiter de cette musique qui la faisait planer d’habitude. Des pensées trottaient dans sa tête depuis plusieurs jours déjà et lui donnaient cet air absent qui n’avait pas échappé à sa bande de copines et de copains. Combien de fois fallait-il entendre cette phrase stupide ce soir « Hello la planète mars, ici la terre ?» et ça commençait à l’agacer prodigieusement. A présent, elle devait encore patienter à la buvette avec les autres. Elle en était à sa deuxième bière et s’efforça à prêter une oreille attentive  aux bavardages de sa copine Laure, mais sans trop y parvenir. Pourquoi le temps ne pouvait-il pas passer plus vite !

  Enfin, vers vingt-trois heures trente, Célia se dirigea d’un pas lent vers la scène pour aller retrouver Jérémy, son petit ami qui travaillait comme technicien son et lumière. Elle savait qu’il était loin d’avoir terminé son boulot pour cette nuit, mais elle n’avait plus envie de rester avec les autres à la buvette. Marre de s’enfiler des bières avec eux et de débiter des conneries en ricanant. Elle les trouvait particulièrement stupides ce soir et n’était pas du tout d’humeur à les supporter plus longtemps. Il lui fallait prendre une décision, maintenant, cette nuit. Elle se dirigea lentement vers la tour qui faisait face à la scène et la contourna. De là-haut, elle pouvait contempler le village qu’elle habitait depuis toujours. Il faisait trop noir pour voir les maisons maintenant, on distinguait juste des petits points de lumière dans la nuit. La tour médiévale était située en haut d’une falaise de roches calcaires percée de grottes. Elle lui avait toujours trouvé un aspect lugubre, surtout à la tombée de la nuit. Petite fille elle s’imaginait qu’elle était hantée, et que les grottes situées en dessous devaient abriter toutes sortes de créatures malfaisantes. Elle haussa les épaules et s’éloigna. Ce n’était pas le moment de penser aux chauves-souris et aux insectes des grottes, ni aux cauchemars de son enfance, mais plutôt à ce qu’elle devait dire à          Jérémy. Ils avaient décidé de s’installer ensemble et elle avait presque fini de faire ses cartons, mais elle n’en avait plus envie. A vrai dire, elle n’était pas amoureuse de Jérémy non plus, elle s’était juste servie de lui, l’homme de ses rêves était quelqu’un d’autre, mais ce quelqu’un d’autre ne faisait pas attention à elle malgré tous les efforts qu’elle déployait. Il était là ce soir, elle pouvait le voir, elle le dévorait des yeux en s’imaginant qu’elle pourrait être tout près de lui, lui parler, le toucher même. A cette pensée, un frisson parcourut tout son corps. Il fallait à tout prix se débarrasser de Jérémy elle ne le supporterait plus qu’il la touche. Mais comment faire ? Elle pourrait se servir du retour de sa mère comme prétexte, dire qu’elle ne voulait pas la laisser seule après sa rupture avec « le représentant de l’ordre et de la loi », même si sa mère n’avait nullement besoin d’elle pour régler ses déboires sentimentaux. Elle avait fait ses valises et était partie en vacances. Célia sourit, elle n’était pas fâchée de ne plus avoir à fréquenter ce flic, elle ne s’était jamais sentie à l’aise avec lui. Parfois elle se demandait même s’il n’avait pas compris qui elle était en réalité et elle n’aimait pas cette sensation là. C’était comme s’il lisait dans ses pensées. Sa propre mère ne la connaissait pas vraiment, et c’était préférable. En s’approchant de la scène, elle finit par se dire que la meilleure solution serait peut-être l’improvisation. Il suffisait de provoquer une dispute avec Jérémy et de lui annoncer le reste dans la foulée. A lui de le digérer ensuite, ce ne serait plus son problème. Mais elle ne retournerait pas rejoindre ses amis, une fois cette corvée accomplie, elle se trouverait plutôt un coin tranquille pour surveiller tout le monde. Car, qui sait peut-être allait-elle avoir l’occasion de le croiser et de lui parler ce soir ? Cette pensée lui donna des ailes et le courage nécessaire. Elle accéléra son pas et fit signe à Jérémy lorsqu’elle l’aperçut.

                

                 SUR LES LIEUX DU CONCERT

 

 

 

 

 

 La nuit avait été peu reposante pour le commissaire Lagarde. Elle lui parut même interminable à  voir défiler les heures sur son réveil. Les chiffres lumineux marquaient deux heures du matin quand il sombra enfin dans cette inconscience bienfaisante ou, comme on dit, dans les bras de Morphée. Quoi qu’il eut préféré les bras d’Hélène ! Son assoupissement fut de courte durée, car à peine deux heures plus tard, cet instrument diabolique, qu’était son téléphone portable, le fit revenir brutalement à l’état d’éveil et donc à la réalité.

 

Vers quatre heures du matin, le commissaire, tout ensommeillé prit le volant de sa Volvo. Il se sentit vaseux après ces deux petites heures de repos, baillait à répétition et son estomac criait famine, car il n’avait pas pris le temps de déjeuner, à part une petite tasse de café bien noir, chaud et sucré. Le lieu du crime vers lequel il roulait se trouvait à La Roche Blanche, une petite ville située au sud de Clermont-Ferrand. Tout ce qu’il savait pour l’instant était que le corps d’une jeune femme venait d’être découvert, caché derrière des buissons en bordure d’un chemin qui menait sur les hauteurs du village. Un concert de musique blues avait eu lieu plus tôt dans la nuit dans un champ, là-haut.

 La Roche Blanche… Il connaissait bien cet endroit c’était là qu’habitait Hélène avant de venir s’installer dans son appartement clermontois, et elle y était retournée après leur séparation. Coïncidence bizarre, songea-t-il.

 

Il s’était souvent promené en compagnie d’Hélène dans ce charmant village au passé historique avec ses toits en tuiles rouges entouré de champs et de petits bois, surplombé par une tour médiévale. Dessous, dans la falaise de roche calcaire, des grottes étaient taillées, faisant penser à des petites fenêtres. Hélène habitait une petite maison dans une ruelle étroite et de laquelle on avait une vue sur la falaise. Que de souvenirs attachés à cet endroit qu’il fallait chasser de son esprit pour le moment ! Il se força à se concentrer sur ce qu’il allait trouver sur place. Encore une histoire de dope, pensa-t-il, mais s’en voulut aussitôt d’avoir de tels préjugés.

 

 Il n’avait pas d’enfants, le temps avait passé et il était toujours célibataire. A son âge il aurait pu être père d’un adolescent ou d’un jeune adulte, l’âge où les vrais problèmes commencent souvent. Il se demandait souvent s’il aurait pu être un bon père, Hélène avait une fille de vingt ans, Célia qui semblait ne pas l’apprécier beaucoup. Il la trouvait le plus souvent d’humeur massacrante, et elle faisait une moue blasée quand il parlait de monuments historiques et de musique classique. Etait-ce uniquement parce qu’il était flic ? Le petit ami actuel de Célia était un jeune technicien au passé un peu trouble, il ne devait pas aimer les flics non plus. Elle avait peut-être assisté à ce concert. Il en était même presque certain, c’était le genre de musique qu’elle aimait. Elle pourrait alors faire partie des témoins à interroger ce qui n’arrangerait pas leurs relations, dans l’hypothèse où il arriverait à reconquérir Hélène. C’était une jolie jeune fille, mais d’humeur souvent ombrageuse et qui n’aimait pas qu’on lui pose des questions. Il soupira en y pensant.

 Cette jeune victime devait avoir de la famille à laquelle il fallait annoncer l’horrible nouvelle. Autre pensée déplaisante, car c’était un des aspects de son métier qu’il détestait. Il ne s’habituait guère à voir la douleur des gens dans ce genre de circonstances, se sentant à chaque fois  toujours aussi impuissant. Il accéléra, autant affronter ça très vite.

 

 Il faisait toujours nuit quand Lagarde engagea sa Volvo dans le chemin menant au champ. A peine cinq heures du matin, donc, une heure avant le lever du soleil en ce mois de juillet. Il se gara dès qu’il trouva une place et finit le chemin à pied. Des souvenirs hantaient  à nouveau son esprit. Il y avait à peine un mois qu’il s’était trouvé avec Hélène dans ce même chemin pour faire une promenade. C’était un dimanche après-midi, et les rayons du soleil filtraient à travers le feuillage des arbustes sauvages qui bordaient le sentier, allant jusqu’à former une voûte par endroits. Les lierres s’enroulaient autour des branches et s’enracinaient dans le sol. A cette heure-ci, l’endroit faisait plutôt penser à un tunnel sombre, mais portait encore les traces des réjouissances qui avaient eu lieu plus tôt dans la nuit. On distinguait dans l’obscurité le blanc des gobelets plastique provenant de la buvette à présent fermée, des papiers, des emballages de cigarettes, et certainement d’innombrables mégots, auxquels il allait ajouter celui de la cigarette qu’il était en train de fumer.

 

 Les gyrophares des véhicules de gendarmerie et de l’ambulance des pompiers envoyaient des raies de lumière qui donnaient un aspect lugubre à toute cette scène. Ici, des personnes étaient venues écouter la musique qu’elles aimaient, faire la fête, et puis, pour l’une d’entre elles… Allez, raisonne en professionnel, se dit-il !

Il ne fallait pas se laisser dominer par ses sentiments, mais se concentrer sur les faits. Il alla à la rencontre des hommes déjà sur place. Les pompiers s’affairaient autour du corps posé sur le brancard. Il en était quelque peu étonné, on lui avait parlé d’un corps sans vie. Personne n’avait mentionné de blessés. Sven s’était débrouillé pour arriver avant lui, il courut à sa rencontre. Il en ressentit un léger agacement, il aurait préféré aborder l’affaire dans le calme, ce ne serait pas possible en compagnie de ce jeune homme en constante agitation. Sans même perdre du temps à le saluer, Sven s’écria :

- Elle n’est pas morte, patron, les pompiers s’occupent d’elle !

- Pourquoi nous avoir fait venir alors, répondit-il, s’il s’agit d’un accident ou d’un malaise, les pompiers et la gendarmerie pourront s’en charger.

- Mais non, boss, quelqu’un a essayé de l’étrangler, j’ai vu les marques à son cou ! Il s’agit bien d’une tentative de meurtre

-  Est-elle en état de répondre à quelques questions ?

- Impossible, elle est dans le coma, le médecin des pompiers dit qu’on ne sait jamais combien de temps ça peut durer. Ils vont l’emmener à l’hôpital, il ne faut pas compter sur elle pour apprendre quel est le salopard qui a fait ça. Une jolie fille en plus.

 

Lagarde aperçut un jeune homme s’apprêtant à monter dans l’ambulance, mais l’un des pompiers l’en empêcha. Il s’en suivit une discussion animée, visiblement le jeune homme tenait à accompagner la personne qu’on s’apprêtait à évacuer.

- Qui est-ce ? demanda-t-il.

- Son petit ami, c’est lui qui l’a trouvée et appelé les secours. Il  ne nous a pas raconté grand-chose pour le moment, les pompiers ont du s’occuper de lui aussi, il était choqué, il la croyait morte.

- Dites-lui de rester Sven, on va avoir besoin de son témoignage. Pourquoi s’attardait-il ici à une heure aussi tardive ?

 

  Sven courut vers l’ambulance en agitant les bras, suivi de Lagarde. En approchant du véhicule, il reconnut le jeune homme. C’était Jérémy, l’ami de la fille d’Hélène, et la jeune personne étendue dans l’ambulance était Célia ! Il se sentit anéanti… Il allait être obligé d’annoncer à Hélène que sa fille avait été victime d’une tentative de meurtre. Ensuite, la procédure habituelle, lui rendre visite pour l’interroger. Chienne de vie, pensa-t-il, ce sera une véritable corvée de la revoir dans de telles circonstances. On peut imaginer mieux comme scénario pour une réconciliation.

 

  Il entendit la voix de Sven.

- On a ses coordonnées, patron, elle s’appelle Célia…

- Je la connais Sven, répondit le commissaire, il se trouve que c’est la fille d’une amie. A-t-on déjà prévenu sa famille ?

- Oui, patron, dit Sven, sa mère est en vacances, mais on a réussi à la joindre sur son portable, son numéro était enregistré dans celui de la jeune fille. Elle nous a assuré qu’elle rentrerait immédiatement.

  Pendant que Lagarde était en proie à des pensées sombres, en regardant l’ambulance s’éloigner, Sven se tourna vers le jeune homme, plein d’enthousiasme, pour lui poser les questions d’usage. Jérémy était un grand garçon, d’une trentaine d’années, mesurant environ 1,85 m, ses cheveux bruns bouclés lui retombaient sur les épaules. Il était très pâle et avait l’air bouleversé.

- Racontez-nous dans quelles circonstances vous avez trouvé la jeune fille. D’après ce que je sais c’est votre amie ?

- Elle devait m’attendre après le concert, balbutia celui-ci, je suis technicien son et lumière, je travaillais sur la scène, je lui ai dit que je la retrouverai dans une heure… après mon boulot. Elle n’était pas contente, elle me disait que c’était la merde, toujours pareil avec moi, qu’après, on n’avait plus le temps d’aller ailleurs, plus qu’à rentrer et se pieuter.

- Ah, vous admettez donc vous être disputé avec elle ? remarqua Sven.

- Ce n’était pas vraiment une dispute, protesta nerveusement le jeune homme. Elle était simplement de mauvaise humeur ce soir-là et contrariée par mes horaires. Elle n’était pas venue seule à ce concert, il y avait des copines et des copains qui l’accompagnaient, je lui ai suggéré de boire un verre avec eux en m’attendant, mais elle est partie…furieuse. Mon boulot terminé, je l’ai cherchée mais je ne l’ai plus trouvée. Je suis descendu au village, elle habite La Roche Blanche, il y avait sa voiture garée devant sa porte, mais pas de lumière. J’ai sonné, sans résultat, j’en ai déduit qu’elle ne devait pas être rentrée. Je me demandais ce qu’elle foutait. Je suis revenu ici, j’ai refait le tour du champ, mais pas de trace d’elle. Entre-temps il n’y avait plus personne, la buvette avait fermé, je suis donc rentré chez moi. Mais je n’arrivais pas à dormir… je me demandais où elle pouvait être… je m’imaginais qu’elle était partie avec un autre mec, alors je suis revenu encore une fois. Sa voiture était toujours là, j’ai eu l’idée de venir contrôler une dernière fois au lieu du concert, puis de l’appeler sur son portable… c’est à ce moment-là que j’ai entendu la sonnerie de téléphone, provenant de ces buissons, et je l’ai vue, par terre… c’est tout.

- Un peu confus tout ça, constata Sven, vous partez, vous revenez… et vous confirmez donc que c’est la jalousie qui vous a poussé à revenir ? Et pourquoi ne pas avoir tenté de l’appeler plus tôt sur son portable ?

 

 Il était apparemment certain de tenir le coupable en la personne de ce jeune homme.

- Mais non, s’écria Jérémy, je voulais savoir, c’est tout, je me faisais du souci. Je vous ai dit qu’elle était en colère, elle ne m’aurait pas répondu si j’avais appelé plus tôt.

  Sa voix tremblait dangereusement. S’il se met à pleurer, je vais craquer aussi, pensa Lagarde. Pour éviter ce risque, il décida de remettre la suite de l’interrogatoire à plus tard.

- Bon, dit-il, rentrez vous reposer, vous serez convoqué plus tard quand vous serez remis.

  Jérémy regarda Lagarde, affolé.

 

- Mais vous me connaissez un peu, commissaire, vous savez bien que je ne ferais pas de mal à Célia. D’accord, on se disputait parfois, vous savez qu’elle a son caractère, mais rien de sérieux.

- Personne ne vous accuse pour le moment, rassurez-vous. Vous nous expliquerez tout plus tard.

  Le jeune homme s’éloigna et Lagarde se tourna vers Sven.

- J’ai envie de faire le tour de ce pré avant de rentrer, prenez une lampe torche, le jour se pointe, mais il fait encore trop sombre pour distinguer quelque chose.

 

  Sven courut vers sa voiture et revint, tenant une lampe torche à la main.

- Vous espérez vraiment trouver quelque chose dans ce merdier, s’exclama-t-il, ce serait étonnant. Tout accuse le technicien, il a admis lui-même être revenu parce qu’il s’attendait à la surprendre avec un rival.  Il vient, la trouve avec un autre gars, la jalousie lui fait perdre la tête, … le scénario classique. On aurait dû l’épingler tout de suite.

- Je ne pense rien de précis, et rien n’est clair à ce stade, répondit le commissaire, en tout cas, pas tant qu’on n’aura pas de preuves tangibles. Vos théories tiennent la route, d’accord, mais ce ne sont que des suppositions. Il ne faut jamais précipiter les choses. Ce jeune homme que vous voulez « épingler » est un témoin pour le moment. Possible qu’il nous mente. Et si, comme vous dites, elle était avec quelqu’un, il faudra trouver ce quelqu’un !

 Ils traversèrent le pré, en passant devant le stand qui avait servi de buvette, en direction de la tour ronde.

 

- Savez-vous, Sven, que c’est par ici qu’a eu lieu la bataille de Gergovie en 52 avant JC ?

- Euh, non patron, je ne suis pas de la région, vous le savez, et l’histoire ne me branche pas vraiment, je la trouve souvent sinistre, je préfère les choses… comment dire, plus modernes. Par exemple le genre de musique qu’on a joué ici ce soir. Sven cherchait à éviter un cours d’histoire avec tous les détails de ladite bataille.

- Mais vous connaissez Vercingétorix ? insista Lagarde.

- Pas personnellement, patron, plaisanta l’adjoint, mais j’en ai entendu parler, bien sûr. Bizarre cette chose ronde là, elle a l’air un peu menaçant comme ça, la nuit, vous ne trouvez pas ? Peut-être qu’ils ont envoyé leurs flèches de là pendant cette bataille dont vous me parliez à l’instant.

- J’en doute fort, Sven, c’est une tour médiévale, peut-être un ancien pigeonnier, mais on va toujours aller la visiter.

 

  Sven entra en premier dans la tour, éclairant de sa lampe le mur et le sol en terre battue de la petite pièce ronde. Brusquement, il se tourna vers son supérieur et dit :

- Il y a quelqu’un endormi par terre, patron !

Le commissaire entra à son tour et s’approcha. Il vit un jeune homme couché à même le sol. Il s’était juste couvert le corps tant bien que mal avec son blouson en jean.

 

 

- Il a le sommeil lourd, observa Lagarde. Notre présence ne le réveille même pas. J’espère que ce n’est pas malaise ou un coma éthylique. Essayez de le secouer un peu.  Dites-lui que la fête est terminée et qu’il est temps de rentrer dormir chez lui. Nous prendrons ses coordonnées, peut-être a-t-il vu ou entendu quelque chose ?

 Sven se pencha  pour toucher l’épaule du jeune. En braquant le rayon de la lampe torche sur son visage,  il eut un recul en apercevant des marques bleues au niveau de sa gorge. Sven s’accroupit, tâta son cou, puis se leva, un peu affolé par ce qu’il venait de constater.

- Soit j’hallucine, soit il est mort, boss, je ne sens plus son pouls. Le corps n’est pas encore froid, on dirait que ça vient d’arriver. Regardez ces marques au cou, il a été étranglé, lui aussi, mais cette fois, le tueur a réussi.

- Deux agressions par strangulation la même nuit, dont une mortelle, récapitula Lagarde. Quand je pense que l’on prétend que la musique adoucit les mœurs… pas celle-ci en tout cas !

- Il ne faut pas dire ça, objecta Sven, j’assiste parfois à des concerts. D’accord il y a des trouble-fête qui ne viennent que pour semer la pagaille, mais ce sont des incidents isolés. Je ne pense pas que ceci ait un lien avec la musique. Il désigna le mort.

- Puisque vous êtes connaisseur, demanda le commissaire, vous pourrez peut-être éclairer ma lanterne. Quel est ce groupe qui jouait ici ? Un de ces groupes de hard-rock métal qui portent souvent des noms sinistres, du genre « Killers » ou « Rippers » ou qui sait « Stranglers » ?

- Pas du tout, je vous l’ai dit au téléphone, c’est un groupe qui joue du blues, les « Railroad ». Ils sont assez jeunes encore et très appréciés. Ils sont surtout spécialisés dans la reprise de vieux titres, mais ont aussi leur propre répertoire. On rencontre même des personnes de votre âge à leurs concerts.

- Merci Sven, content d’apprendre que je ne suis pas trop gâteux pour aller à un concert.

 

  Sven rougit.

- Excusez-moi, patron, je ne voulais pas dire ça, mais il y aussi des personnes plus âgées que vous qui viennent les écouter. Le blues est une musique pour toutes générations.

 

  Lagarde vit dans son imagination un minibus de maison de retraite décharger ses pensionnaires. Certains en chaises roulantes, d’autres s’appuyant sur leur déambulateur, allant se mêler aux spectateurs jeunes s’agitant au rythme de la musique. Et Sven, au milieu de tout ça, se contorsionnant comme s’il avait des convulsions.

  Il sourit malgré lui, mais trouva tout de même l’idée sympathique. La musique, langage universel.

 

- Allez téléphoner, Sven, ordonna-t-il ensuite, revenant à des considérations plus pragmatiques. Faites venir l’équipe pour délimiter le secteur et faire les relevés, vous savez ce qu’il y a à faire ! Ne perdons pas de temps, il faut passer ce champ et cette tour au peigne fin, tous les indices sont importants.

 

  Il réfléchit en regardant ce garçon qui semblait dormir paisiblement. Pourquoi lui avoir couvert le corps si soigneusement de son blouson après l’avoir étranglé ?  Etait-ce une mise en scène ? Quel rapport avec ce concert, s’il y en avait un ?

 

  Il entra dans la tour pour l’inspecter un peu. Lors de sa promenade avec Hélène, il n’avait jeté qu’un vague coup d’œil à l’intérieur. D’après ce qu’il vit, l’endroit  devait souvent servir de lieu de rendez-vous. Un lieu pour organiser des petites fêtes entre jeunes Il y avait des graffitis aux murs, le sol était jonché de mégots, d’emballages provenant de fast-foods et il vit même un vieux tourne-disque. C’était plutôt le symbole d’une époque plus lointaine. Peut-être était-il là depuis des décennies. Des bouteilles de bière vides étaient éparpillées par terre aussi, dont un certain nombre à proximité de la tête du jeune mort, elles n’avaient pas eu le temps de prendre la poussière, elles devaient dater de ce soir.

  S’il a vidé tout ça seul, il n’a pas dû s’apercevoir qu’on l’assassinait, pensa Lagarde.

 

 Que pouvait-on déduire de ces premières constatations ? Etait-ce une  soirée d’ivresse qui avait mal tourné ? Et Célia ? Se trouvait-elle dans la tour en compagnie de ce garçon ? Avait-elle essayé de s’enfuir avant d’être rattrapée par l’assassin dans le chemin ?

 

- Les hommes arrivent, boss ! Il entendit la voix de son adjoint derrière lui. Mais je pense que l’affaire sera vite résolue, voilà le « quelqu’un » dont on parlait tout à l’heure. Ce Jérémy les surprend ensemble, la jalousie lui fait perdre tout contrôle. Il étrangle le garçon, la fille s’enfuit, il la rattrape dans le chemin, lui serre la gorge ce qui lui fait perdre connaissance. Pensant qu’il l’a tuée, il la cache et s’en va. Voilà comment je vois l’affaire.

- Conclusions un peu hâtives Sven, contesta le commissaire. Admettons qu’il ait réussi à les étrangler l’un après l’autre avec autant de facilité, ce dont je doute. Pourquoi a-t-il couvert sa victime avec ce blouson après lui avoir fermé les paupières ? Et surtout, qu’est ce qui l’a poussé à revenir et appeler les secours ?

- Les pompiers m’ont dit que la jeune fille était couverte avec un lainage aussi. C’est sa petite amie, ceci explique peut-être le geste, répondit Sven.

- Et il a eu  le même geste pour ce garçon, sensé être son rival ? Non, Sven, ça ressemble à une mise en scène macabre, à un crime de psychopathe.

- Notre suspect est peut-être psychopathe, ce qui explique tous ces gestes incohérents.

 

Où le trouver?

En édition papier sur amazon, sous le titre "Blues Mortel à la roche blanche) ci dessous le lien à copier -coller  :

 

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ou directement chez l'auteur (laisser message ) dédicace, marque-page offerts , pas de frais de port

 

en version numérique sur amazon kindle :

 

http://www.amazon.fr/BLUES-MORTEL-enqu%C3%AAtes-Lagarde-Sven-ebook/dp/B00JH1PGJ8/ref=pd_rhf_dp_p_img_1?ie=UTF8&refRID=04D96ZAFNANTTXXTTZEF

La page 99

- Je crois que j’ai trouvé quelque chose dans les faits divers, dit subitement Lagarde. Regardez Sven, une jeune femme de trente deux ans, agressée par un groupe d’inconnus le soir du 11 mai. C’était bien le soir  où a eu lieu ce concert dont on a trouvé le billet ?

- Oui, patron, et alors, c’était lors du spectacle ?

- Non, plus tard, vers minuit, alors qu’elle rentrait chez elle, mais elle y avait peut-être assisté, les horaires correspondent. Il faut la contacter, peut-être qu’elle pourra nous fournir plus d’informations. Lisez, Sven, voilà ce qui est intéressant pour nous, elle portait des bleus à son cou on lui avait serré la gorge. Elle s’appelle Stéphanie Muller, elle n’habite qu’à quelques rues d’ici, on a largement le temps d’aller la voir avant le concert.

Le téléphone se mit à sonner et Sven répondit.

- C’est Jérémy, notre technicien, dit-il, il y a un pépin. Les musiciens s’affolent, ils sont arrivés pour la balance mais la chanteuse n’est pas là. Ils l’attendent depuis une heure déjà et l’un d’entre eux, celui qui s’appelle Christophe serait en train de péter les plombs. Ils essayent de l’appeler sur son portable, mais en vain, apparemment elle l’a éteint.

- Mais ils ne devaient pas partir ensemble après s’être retrouvés chez l’un d’entre eux ? On le leur avait même recommandé ?

- Oui, mais elle a appelé pour dire qu’elle avait changé d’avis, qu’elle n’était pas prête et qu’elle préférait les retrouver directement sur les lieux du concert.

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Les lieux de "Blues Mortel "

Les couvertures -Kindle et Papier

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Date de dernière mise à jour : 20/10/2015